Dans le grand bain du Greenwashing: le cas d’ILEK

Dans le grand bain du Greenwashing: le cas d’ILEK

MàJ du 13 octobre : Sur les conseil d’un lecteur, j’ai contacté le JDP (jury de déontologie publicitaire. La plainte a été jugée comme recevable, et passera en séance devant un jury le 6 novembre. Normalement mon anonymat est garanti, mais en pratique, une bête recherche sur Google suffit à trouver mon nom. Si la plainte au JDP est validé par le jury, j’en déposerait une autre auprès de la DGCCRF, car cette campagne publicitaire correspond à bien des points de ce qu’on pourrait qualifier de Pratiques commerciales trompeuses . J’ai donc cruellement besoin de visibilité afin que non seulement chaque citoyen aussi lambda que moi puisse se sentir poussé à agir, mais qu’également je puisse me sentir soutenu; ça compte aussi. Beaucoup.

Lequel d’entre vous ne se dit pas écolo ? Qui en France ne se prétendrait pas en faveur de l’environnement ? Qui n’a jamais entendu parler de réchauffement climatique ou d’extinction massive des espèces ? Qui ? Je cherche… Et c’est bien dans ce climat de morosité dans lequel on cherche un moyen de faire mieux, que les acteurs de ce monde fondent en masse sur des proies faciles, afin d’alléger leur conscience, et leur… porte-monnaie.

Petit tour avec un cas d’école, la campagne très aggressive du fournisseur d’électricité “vraiment verte” (sans blague ?), j’ai nommé: ILEK.

Alors soyons clair, je n’ai absolument rien contre eux. Ni le fait qu’ils soient fournisseurs d’électricité, et je n’ai encore rien contre les gens qui en font parti. Parce que certainement que, comme beaucoup, ils doivent croire aux bêtises qu’ils essaient de nous faire avaler, et ils doivent même y mettre toute leur bonne volonté, conscients ou non d’être eux-même les hérauts d’un système qui va vers sa propre auto-destruction.

Vous êtes prêts pour un voyage en absurdie ? C’est partiiiii …!

Sur le quai d’une gare…

Nous sommes un mardi 9 juin. 7h13 du mat’. Il fait très bon, mais mon esprit n’a pas encore rejoint mon corps (qui, lui, aimerait bien le rejoindre dans le lit…). Là, sur le quai d’une gare, j’attends mon train direction Saint Lazare. Je suis plongé dans une lecture quelconque, et ne fais que très rarement attention aux affichages. Pour je ne sais quelle raison, je fini par lever la tête. Et là… PAF !

Vu l’état des couleurs, elle n’a pas été posée hier…

Je prends en photo, car je me dis que c’est un cas d’école. Cette image représente TOUT ce contre quoi je me bats. Que Total me fasse une publicité sur un monster-Truck qui crache des nuages noirs de la taille d’un cumulo-nimbus ne me choquerait pas. Y’aurait pas de questions à se poser quoi… Mais là… là ?! On se fiche ouvertement de la tronche du citoyen. Puis bon… Bien qu’en colère intérieurement, que puis-je faire ? Je prends mon train et j’oublie. Sauf qu’un jour, dans ma boîte mail…

Ah non, pas eux !

Et là j’ai pas pu me retenir. J’ai répondu à Marion (désolé Marion…) en lui disant qu’autant j’avais beaucoup d’estime pour leur site, mais que là je ne pouvais décemment pas soutenir leur initiative.

J’ai, malgré tout, été me renseigner sur le site d’Ilek pour savoir ce qu’il en était exactement. Mais que n’ai-je pas fait… Depuis, je me fais assaillir de publicité d’Ilek sur la plupart des sites que je consulte, mais aussi des publicités vidéos de gars cool qui font des trucs vraiment chouettement engagés pour les producteurs, la planète, toussa… Ils ont même utilisé le mot solidaire, c’est pour dire !

passer à Ilek ? Simple comme trois clics !

Rholala alors c’est vachement sympa Ilek. Je vais sur leur site et en trois clics de souris je change mon contrat c’est génial ! Hop, fini EDF (comme le souligne un témoignage mis en avant sur leur site), à moi l’électricité vraiment verte ! Oh, mais attendez…

Eh oui, ATTENDEZ ! N’y allez pas tout de suite. on va faire un petit… Décryptage. De la publicité d’abord, puis de tout ce que ça comporte comme marketing usuel qui nous retourne le cerveau.

Ilek, 100% green-bullshit

Bon vous l’aurez largement compris, je vais pas leur faire de publicité (Ce qui est faux car rien que le fait d’en parler, ça leur en fait de la pub justement). Mais nous allons décortiquer l’affiche pour comprendre comment fonctionne une accroche publicitaire, et tenter de découvrir tous les biais cognitifs que les boites de communication utilisent chaque jour pour vous faire acheter des truc inutiles.

Lucas, il prend pas que des douches

Voilà l’accroche. Un texte simple auquel vous pouvez facilement vous identifier. Non ? Bon allez, la raconte pas, je sais très bien que t’as un souvenir de maman qui gueule derrière la porte de la salle de bain “t’as pas bientôt fini oui ? Arrête de gaspiller de l’eau !” Du même ordre que tata Louise qui passe derrière en éteignant les lumières au cri d’un “C’est pas Versailles ici !” (Tiens, je viens de vous donner une nouvelle idée gratos de pub, me remerciez pas les gars/ Maj 13/10: on me glisse dans l’oreillette qu’une publicité d’un concurrent l’a déjà fait).

L’accroche, c’est le constat. Prendre un bain c’est gaspiller beaucoup d’eau. C’est l’image de notre empreinte écologique malsaine à cause de petits gestes de la vie quotidienne. La guerre intérieure entre son confort et son désir de ne pas faire de mal à son environnement. Par conséquent, on sait dans son subconscient que si Lucas est mis en avant, c’est que Lucas… Il fait quelque chose de vach’ment mieux derrière pour compenser sa “mauvaise” action.

C’est tellement efficace qu’on va tout de suite aller voir le texte en tout petit…

COUPABLES, LEVEZ-VOUS…

Eh oui car Lucas, il a fait un truc super chouette. Il utilise de l’énergie verte, donc il peut bien se permettre de polluer un petit peu derrière…

Bon passons sur l’entourloupe intellectuelle. Si on utilisait ce passe droit partout, est-ce qu’on pourrait dire à un agent qu’on roulait trop vite oui, mais que hier on était en dessous des limitations de vitesse ? Aurait-on la conscience tranquille de frapper sa femme après l’avoir invitée au restaurant ? J’utilise exprès une image caricaturalement choquante, veuillez m’en excuser, au moins j’écris pas de grossièretés. 🙂

Ilek, il sait très bien que vous vous sentez coupable. Il le sait car personne ne peut échapper au rabâchage médiatique sur la planète et son état, les rejets massifs de gaz à effet de serre qui sont la conséquence de toutes nos activités. On aimerait bien, bien faire, mais c’est impossible, on ne peut pas, tout ce que nous achetons pour subvenir à nos besoins sont devenus des actes criminels. Acheter de la viande ça déforeste en Amazonie, acheter du pain ça détruit les sols, acheter du ketchup qui a fait 3 fois le tour de la planète ça relâche des tonnes de CO², m’habiller avec ce que je trouve au marché ça rejette des micro-plastiques dans l’air et l’eau, rouler ça pollue… MAIS QUE PUIS-JE FAIRE ??!

(y’en a qui se sentent tellement coupable qu’ils préfèrent rentrer dans le déni. Y’en a aussi pour qui le matraquage est tellement sévère qu’ils pensent que le réchauffement n’est qu’un prétexte pour des lois liberticides, ou l’occasion de la levée de nouveaux impôts par exemple. Et en viendraient même à remettre en doute la “version officielle”)

…ET VENEZ ACHETER VOTRE ABSOLUTION

Voilà ce que propose cette publicité. Libérer votre conscience. Ni plus ni moins. Peu importe que vous sachiez, même un peu que c’est du grand n’importe quoi, votre cerveau va tenter de vous emmener vers cette solution, car il veut croire que c’est possible. Il veut croire que vous pouvez vous libérer de votre fardeau. Ainsi libéré, vous pourrez relâcher un peu de pression et continuer à consommer un tout petit peu avec un brin d’esprit tranquille… D’ailleurs, n’est-ce pas l’image que renvoie Lucas dans son bain ? Quelqu’un qui… S’en BALEK’ (ce détournement m’a beaucoup fait rire… Oui, je m’auto-con-gratule et alors ?!)

Tant qu’à déconner… Et si vous avez des idées de détournement, faites passer !

En passant chez Ilek, vous aurez donc obtenu votre bon point, votre passeport pour le paradis. Vous aurez la conscience lavée de vos actes qui vous ont souillés, et mieux encore… Vous pourrez continuer à souiller ! Car oui, tant que vous payez, vous allégez votre conscience.

Ilek, par ce tour de passe passe, ne fait pas que racheter votre conscience. Car votre acte d’achat est devenu un acte de bienfaisance. Aurez-vous l’impression d’acheter de l’électricité ? NON ! Vous aurez l’impression d’avoir fait une bonne oeuvre. On est passé d’un contrat d’abonnement à l’électricité qui est une contrainte à quelque chose qui se rapprocherait d’un don caritatif. Et puis qu’en plus on vous dit dans les autres pub que c’est solidaire et que ça aide les producteurs, vous aurez cette image du serf qui courbe l’échine devant votre grande bonté en vous gratifiant d’un “puisqu’il plaît à mon bon Seigneur…”

Passez à l’énergie verte (sic)

C’est à cet instant que non content que d’avoir violé votre libre-arbitre et insulté votre intelligence, la publicité devient ouvertement mensongère.

1- Aucune énergie n’est verte.
ça, il faut le péter, le répéter et le rerépéter ! Toute énergie extraite de l’environnement à des qualités et des défauts selon différents contextes d’exploitation, mais AUCUNE n’est sans impact sur l’environnement. Y compris l’hydroélectricité, l’éolien et le solaire.

2- Les renouvelables sont sales
Si vous avez facilement intégré le point précédent, sachez que les renouvelables (hydraulique mis de côté, et encore, ça dépend de quel type…) sont particulièrement néfastes pour l’environnement. Parce que nous arrivons difficilement à extraire de l’environnement l’exergie contenue dans le vent et le solaire, les rendements sont minimes, et les moyens de productions doivent être très, TRÈS nombreux. L’impact sur l’environnement de ces énergies est conséquent. Pour le biogaz (l’utilisation du terme “bio” n’est pas anodine non plus), c’est pareil. C’est transformer de la ressource qui aurait pu être utile par ailleurs, ça contribue à l’appauvrissement des sols, la déforestations, etc. Des tonnes de béton coulé dans le sol pour les éoliennes, avec une capacité de charge lissée sur l’année qui ne dépasse pas les 25% de la puissance installée, une durée de vie ne dépassant par les 30 ans pour une quantité incroyable de matériaux non recyclables. Passons également sur les panneaux solaires dont la durée de vie ne fait pas mieux, et dont la fabrication fait appel à une quantité non négligeable de CO². Mieux, avec son taux de charge, il n’est même pas sûr que le bilan carbone d’un panneau solaire fabriqué en chine grâce à l’électricité charbon et installé en France ne soit pas négatif. . Et c’est sans compter sur le fait que vous devez compter sur l’intermittence… Ce qui nécessite de toute façon l’utilisation d’autres moyens de production d’énergie. Bref, le renouvelable, c’est pas plus propre que le reste…

ça se passe comment concrètement ? Je vais chez eux avec mon chargeur de piles et ma Zoé ?

3- EDF, c’est MIEUX. Bon OK, ça se discute. Mais si on compare aux moyens de production actuellement utilisés en France, c’est à dire une électricité à 87% décarbonée, avec 75% de production nucléaire aidée par 10% d’hydraulique qui sont tous deux moins émetteurs de CO² et moins générateurs de déchets que les autres renouvelables (on est d’accord, ça ce discute. Mais entre les millions de tonnes de déchets de l’éolien et du solaire, même avec quelques déchets très dangereux, le nucléaire fait pâle figure…). Par conséquent, sur bien des points, passer à l’énergie dite verte, c’est dégrader encore un peu plus votre impact sur l’environnement! Eh oui…

(Attention cette remarque est particulièrement valable dans les pays dont les moyens de production d’électricité sont largement décarbonées comme la France, la Norvège, ou la Suède. Ne convient pas totalement aux pays gros consommateurs de charbon et d’énergie fossiles comme la Chine ou les USA, ni aux enfants de moins de deux ans. Tenir éloigné des enfants, mangez cinq fruits et légumes par jour, bougez, vôtez Chirac, achetez Ilek)

Par conséquent, chez nous, passer chez Ilek, ben… C’est pas DU TOUT bon pour la planète.

Fournisseur d’énergie 100% verte

Voilà. Puisqu’ils le disent… C’est que ça doit être vrai alors. Pas du tout un mensonge.

… Plus c’est gros, ben… plus c’est gros quoi.

Le pire c’est que beaucoup vont y croire, car la question de l’énergie, bien que centrale dans notre société en cours d’effondrement, est traitée par dessus la jambe dans les médias. Les gens sont ignares de ces sujets, et bien qu’on puisse leur en vouloir de ne pas s’intéresser un minimum à cette question, il faut bien les dédouaner un tout petit peu en rappelant une évidence: l’espace médiatique n’offre aucune place à ce genre d’éducation.

Élu vraiment vert par le classement Greanpeace.

Sans déc’ ?!

Source: Greanpeace France

Alors attention c’est écrit en tout petit: “vous faites le choix d’une électricité vraiment renouvelable (donc pour eux renouvelable = vraiment vert) sans énergie fossiles ni énergies nucléaire.

Ok alors je vais vous poser une question toute bête les gars… Imaginons que demain je m’inscrive chez Ilek et que je choisisse le “gaz bio 100% écologique” (sic). Est-ce que je pourrais choisir, en partant de ma prise électrique, où va aller le câble, jusqu’à la ferme de laquelle je veux pomper mon électricité ? non ? Comment ça “c’est un peu plus compliqué que ça ?

L’énergie est notre avenir, économisons-là.

Ah ! Ben voilà, elle est bien cette mention là non ? Ben non. A y regarder de plus près, l’énergie, on s’en fiche pas mal. Ce qui est important de sauvegarder, c’est pas l’énergie, mais notre planète. Rien que la répétition de ce slogan vous enferme dans l’idée que nous ne pouvons rien faire sans énergie. Elle vous enferme dans un paradigme dans lequel la question de l’énergie est centrale. Et c’est vrai que dans notre société, sans énergie… Il n’y a plus de société.

Autre “astuce” des communiquant. Rejeter la faute sur le consommateur. Tout en produisant toujours plus d’énergie, on vous enjoint à économiser l’énergie. Indirectement, cela rend le consommateur final seul responsable de l’utilisation qui est faite de l’énergie. Un peu comme des célèbres fabricants de sodas qui participent financièrement à des associations de nettoyage de l’environnement et qui ciblent les consommateurs indélicats qui jettent leurs bouteilles n’importe où…

Concluons

Vous pouvez être certain d’une chose. En allant chez Ilek, vous participerez à un système qui met en avant un système productiviste, qui profite indirectement aux fournisseurs d’énergie fossile, et qui va dégrader la planète encore plus rapidement que si vous étiez resté chez EDF. La seule chose que vous aurez faite, c’est la certitude de permettre à Ilek de profiter de votre culpabilité pour s’en mettre plein les fouilles. Je nomme cette entreprise, mais elle n’est malheureusement pas la seule à user de tromperies pour profiter de votre naïveté et de votre argent.

Quoi faire alors ? Premièrement vous désintoxiquer de la publicité, du marketing, et tentez de comprendre… Ne plus laisser d’emprise, ne plus se laisser manipuler aussi facilement. Première chose à faire ? Jetez votre téléviseur.
J’exagère à peine, mais avec une moyenne de 100kwh de consommation annuelle, avec au moins un appareil équipant 94% des 29 millions de foyers, ça nous fait… Ohhh pinaise. 2,7 TWH d’électricité consommé ! ça en fait des gigowatts pour renvoyer Marty dans le futur…

Cultivez-vous. Ne laissez pas les médias mainstream vous dire comment penser. Consultez des sites spécialisés, écoutez des vulgarisateurs scientifiques, achetez vous des bouquins, faites vous conseiller. Y’a pleins de choses à apprendre et c’est autant passionnant que… déprimant.

Et changez de paradigme. Que l’acte de consommer ne déclenche plus la libération de sérotonine dans votre cerveau, mais plutôt celui de résister à des tentations inutiles. Vous verrez… Même si c’est difficilement mesurable, votre impact écologique se diminuera autant que votre bonheur grandira.

18 réactions au sujet de « Dans le grand bain du Greenwashing: le cas d’ILEK »

  1. Cette campagne de pub (plusieurs vidéo sur internet) est d’un cynisme choquant ! A l’heure où on parle d’urgence, Ilek invite ses clients à ne plus faire d’effort vu qu’ils ont un fournisseur “vertueux” !! On peut bien se lâcher sur son bain, son shopping, son burger, puisqu’on est client Ilek… Consommer + est ok du moment que PAR AILLEURS on a Ilek (parce que le burger et les jeans, c’est sûr que ça a nécessité du pétrole et pas de l’électricité verte !)
    Et d’ailleurs, en quoi consommer Ilek est-il particulièrement impactant sur le bilan carbone d’un Français ? ça ça aurait été intéressant….
    J’abonde: c’est bien du greenwashing….

  2. Merci pour ce témoignage. Comme vous vous l’avez écrit, la publicité n’est souvent que des artifices, voir la définition de ”propagande”.

  3. En dehors du prisme du bilan carbone, si l’on doit parler de collapsologie ou d’effondrement, ne faut-il pas également évoquer la question de la dépendance à un acteur central ? De même, faire émerger des concurrents à EDF ne permet-il pas de “s’autonomiser” par rapport à un approvisionnement en uranium tout sauf local ? Je pose la question.

    1. Remarque intéressante qui pourrait être découpée en plusieurs questions.

      Premièrement, l’ensemble des moyens de productions qui existent actuellement ne sont pas fait pour de l’autoconsommation. Que ce soit les centrales nucléaires ou les ENR, même combat. Nous sommes dans un système de distribution électrique centralisé qui offre une stabilité et une bien meilleure performance énergétique, à comparer à de multiples modes de productions en autoconsommation ou même locaux.

      Le seul problème que je vois la dedans, c’est que l’interconnexion dépasse le réseau de notre seul pays, et qu’il faut composer avec des problèmes qui pourraient avoir lieu n’importe où en Europe, ce qui aurait des conséquence en France également.

      En cas d’effondrement, l’acteur central ne disparaitrait pas pour autant. Le système de production et de distribution d’énergie centralisé demande paradoxalement beaucoup moins d’effort collectif pour le même résultat. Tout dépend également du niveau d’effondrement. Imaginons demain que la société industrielle telle que nous la connaissons s’effondre, et ce de façon durable. Qui pourra produire demain sa propre électricité vu que plus personne ne pourra produire de panneaux solaires photovoltaïque et à peine bricoler une éolienne, et sera de toute façon incapable de fabriquer des batterie ?
      Ma conception de l’autonomie fait qu’en considérant un scénario extrême, vaut mieux apprendre à vivre sans électricité, tout en gardant le confort de son utilisation, mais de façon raisonnée.

      Concernant l’approvisionnement de l’uranium, il faut savoir que c’est une ressource relativement simple à trouver quand on voit la densité énergétique. La France dispose aujourd’hui de 4 ans de stock à pleine production pour une électricité pilotable. Si les dirigeants géraient bien les choses, nous aurions déjà des surgénérateurs qui permettraient à la fois de se débarrasser des déchets de nos centrales actuelles et d’augmenter considérablement ce stock. On en a fait fonctionner pendant plus de 20 ans, c’est dommage…
      A part l’uranium, les autres ressources à obtenir pour faire tourner une seule centrale sont faibles à comparer à la quantité astronomique de moyens de productions d’énergies renouvelables qu’il faudrait pour les remplacer. Nous n’aurions tout simplement pas l’énergie nécessaire de les fabriquer, transporter, installer, refaire l’ensemble du réseau électrique qui n’est pas adapter… Bref c’est de l’utopie.

      En situation de gros stress, disons de guerre, nous disposons en france d’une production électrique de 4 ans à pleine charge, temps pouvant rapidement augmenter en augmentant les stocks et en rationalisant l’énergie (et il serait temps de le faire pour des questions purement écologique). A côté de cela nous avons un stock d’à peine 4 mois de pétrole…

  4. J’ai souscrit chez Enercoop. Après t’avoir lu, je me demande si j’ai bien fait.
    J’ai failli souscrire le gaz chez ‘Balek’, je vais réfléchir un peu.

  5. C’est avec des discours de la sorte qu’on ne sortira jamais du nucléaire.
    C’est sur qu’en ne faisant rien et en restant chez EDF comme la majorité des français on est sur de ne pas se tromper !
    Affligeant de s’attaquer à ce genre de débat…
    Mettez votre énergie à autre chose s’il vous plait.

    1. Mais peut être que sortir du nucléaire n’est pas un objectif partagé par tout le monde. Par conséquent je mets mon énergie où je le souhaite. Vous ne penseriez quand même pas me dire ce qui est important ou non quand même ?
      J’étais farouchement opposé au nucléaire, mais le risque posé par le réchauffement climatique a modéré mon propos. Le nucléaire est une énergie dense et pilotable, c’est un allié contre d’autres moyens de production d’énergie bien plus polluants. Je ne l’oppose pas aux ENR, sauf en France. Car le discours d’une énergie verte quand on parle d’ENR est largement malhonnête.

      Je ne suis pas “resté” chez EDF, j’ai choisi d’y retourner. Ce n’est pas donc ne rien faire, c’est un choix. la politique énergétique de la France menée dans les années 70/80 nous a offert un des mixe énergétique les moins polluant d’Europe, sur bien des points de vue. En plus de cela, une des énergies les moins chère également. La propagande anti-nucléaire est évidente et tant à nous faire peur. mais quand on commence à s’y intéresser, étrangement, on révise bien nos jugements. Rester chez EDF, c’est autant un choix politique qu’écologique. Ce n’est pas le vôtre, mais c’est le miens.

      Je ne vois pas ce qu’il y a d’affligeant ici à part la teneur de votre commentaire. Vous avez le droit de ne pas être d’accord, mais de grâce… Respectez au moins l’opinion d’autruis.

      1. J’ai travaillé dans le nucléaire des années (Militaire) et malgré les mesures bien plus restrictives que le milieu civil, il est à noter que les risques sont avérés, et disproportionnés vis a vis de notre manière de les gérer…
        Le retraitement des déchets nucléaires est un sujet tabou que personne ne veut traiter. On vit dans un déni général sur le sujet, et seul l’argument du coup prend le dessus.
        Il serait peut être temps de penser à après au lieu de vivre dans le présent (le coup, l’investissement, la rentabilité,…).
        Quand on lit votre sujet, on a l’impression de lire un post de climatosceptiques qui tend a convaincre de ne pas agir ou de rester dans l’immobilisme constant qui occupe les médias et les réflexions mainstreams.
        Ca fait peur…

        1. premièrement, je ne vois pas le rapport entre le nucléaire militaire et civil. A moins que le risque duquel vous parlez ne soit un risque lié à la sureté. Sur ce point là, je ne peux rien dire, c’est peut être le plus sensible. Mais la sureté se gère à plusieurs niveau, dans bien des domaines, ce serait un sujet très (trop pou moi) vaste.
          Pour le retraitement des déchets, ce n’est pas du tout un sujet tabou.
          La quantité de déchets à haute activité et à durée de vie longue sont les plus problématiques. Mais ils sont une part négligeable de la quantité de déchets astronomiques que notre société produit en permanance. Pour s’en rendre compte, ce type de déchet est équivalent au volume de deux piscines olympiques, pour toute la france, depuis la mise en service de la toute première centrale nucléaire.
          Ils se surveillent bien, et nous avons la possibilité de les réutiliser dans le cadre des centrales de 4e génération (abandonnées en France l’année dernière). Des pistes sont ouvertes, et puisqu’on parle d’échelle de temps géologique, l’enfouissement est une solution (moi je préfère à la surface pour pouvoir les surveiller, mais c’est perso).
          Ces questions sont discutés sans tabou, mais se sont les imaginaires qui sont relayés dans l’opinion publique qui pourrissent un débat dans lequel tout le monde a une opinion mais peu sont capable d’en saisir les enjeux. Je considère personnellement le nucléaire comme activité à risque, mais quand je compare le risque au DANGER de la production d’électricité au charbon, tout d’un coup, ça en devient négligeable. La production de métaux nécessaire à la production de panneaux solaires et d’éoliennes produisent actuellement plus de déchets radio actifs que l’ensemble de toutes les filières nucléaires. Et oui, car le minage et le traitement des minéraux rejettent une quantité importante d’éléments radioactifs dans la nature (souvent en Chine, donc OSEF…)

          C’est quand même dur de se voir traiter de climatosceptique quand justement c’est la lutte contre le réchauffement climatique qui fait que je suis passé d’une position anti-nucléaire à une position non-anti (et pas pro). En France, le nucléaire c’est 6g co2/kwh. L’éolien terrestre, c’est le double. C’est peu à comparer des 800g pour le charbon. Mais il y a énormément d’autres avantages.

          On ne PEUT PAS traiter un pro nucléaire de climatosceptique, c’est juste incohérent. Ou alors c’est croire que le nucléaire pose un problème pour le climat, comme une majorité de français, et là… ben c’est toute une éducation à revoir.

          Et puis alors venir sur mon site qui parle de collabsologie, qui prône l’économie d’énergie et la décroissance pour m’accuser de l’inverse… Faut oser…

          Au passage j’ai fait un article qui prends à revers les débats à la noix nuc vs enr. Je vous invite à le lire, ça tordra le cou des idées reçues que vous vous êtes fait sur mon compte.

  6. “CollaBsologie” ? Décroissance ?
    N’oublions pas, s’il vous plait, que dans ce scenario de pic petrolier et baisse de production d’energie fossile, la filiere nucléaire est directement impactée, et en devient l’un des plus gros danger de notre de vie actuel.
    Avec toutes mes lectures, documentaires, interview sur le sujet, que je bois depuis 2 ans maintenant que je m’interesse au sujet de la CollaPsologie, c’est la premiere fois que j’entend ce genre de discours. Je m’arrete donc pour en discuter.

    Je trouve bizarre de defendre ce secteur energetique avec cette perpective… Ca me laisse le doute du bien fondé de votre site et de votre envie de défendre le nucléaire.
    Ou alors avez vous des interets particuliers à defendre ce secteur ?
    Ceci expliquerait cela…

    1. Ok alors plusieurs points
      Moi je veux bien discuter, mais on va stopper deux minutes les “pour qui vous bossez, etc.”. Oui, je défend le nucléaire. Non pas parce que j’ai un intérêt personnel et financier, mais tout simplement parce qu’avec les connaissances que j’ai de l’ensemble du système de production d’énergie, je pense que c’est un allié de choix pour avoir une production d’énergie “propre” (rien ne l’est jamais totalement), et qu’il est loin d’être aussi dangereux que certains imaginaires tenteraient de nous le faire croire. Surtout, il y a des pistes pour changer vraiment les choses, pourvu que la stratégie de production d’énergie intègre dans son modèle la possibilité d’un effondrement de la société.

      je défend le nucléaire contre les idées reçues de personnes qui ne sont pas si bien informées que cela également.

      MAIS je ne suis pas pro-nucléaire pour autant. L’installation de plusieurs dizaines de gros réacteurs ne me va pas non plus, car notre modèle devrait inclure une grosse part de décroissance. Une bonne partie de nos usages aujourd’hui ne sont pas essentiels (c’est un euphémisme) et ne participent ni à notre bonheur ni même à notre confort, mais seulement à l’accroissement de la “richesse” produite pour le compte de l’économie.

      Pour ce qui concerne le “pic” pétrolier, il y a là aussi un imaginaire. La quantité d’énergie disponible va décroitre, avec ou sans effondrement. J’ai mes sources, et j’ai notamment répondu à Pablo Servigne concernant sa crainte pour l’alimentation des centrales en pétrole en cas d’arrêt d’approvisionnement au niveau national. J’ai fait mes calculs, et les questions qu’il laisse en suspens parce qu’il ne sait pas ne doivent pas se transformer en questions qui posent des questions “qui fâchent” parce qu’il n’y aurait supposément pas de réponse.

      Alors veuillez me dire, selon vous, quel est la relation entre nucléaire et baisse de production pétrolière s’il vous plait ?

      Je veux bien partager l’ensemble des sources qui me font penser cela, dans une vraie discussion, et à l’inverse je veux bien les vôtre. Ma position n’est jamais définitivement fixe et j’ai déjà changé plusieurs fois de position sur ce sujet précis.

      1. Je pensais jusqu’a très recemment que le nucléaire était l’energie la “moins” polluante. Mais quand on regarde de plus près, l’approvisionnement des centrales, leur entretien, leur fonctionnement en continu, leur dementellement, et le traitement des déchets, represente un coup faramineux que je trouve demesuré, et qui n’est pas repercuté sur le prix de l’energie comme cela devrait l’etre. on laisse le soin au génération futures de se débrouiller avec ce problème. Et en attendant je ne cesse d’entendre l’argument des anti-ecolo ou climatosceptiques, que les éoliennes polluent visuellement (pour ne prendre qu’elles en exemple). Mais qui est pret à avoir une centrale à moins de 200km de chez soi ? Qui est pret à avoir un centre de retraitement des déchets dans sa commune ? Pas grand monde justement. Et la mon argument personnel tiens aussi sur le fait que JE suis pret à avoir des éoliennes proches de chez moi. JE suis pret à avoir un barage hydroelectrique à proximité. Mais je refuse qu’on continue le nucléaire pour voir un jour fleurir un centre de retraitement ou une centrale à 1 km de chez moi. La production electrique qui en est issue est peut etre abondante pour notre conso en 2021, mais je vous rejoins sur le fait qu’on ne consomme peut etre trop d’energie “inutile” dans notre monde de consommateurs effrénés.
        La reflexion pour moi devrait se porter sur le fait de moins concommer (energie) et du coup de viser un moyen de produire de l’energie moins puissant, moins cher, moins dangereux…
        Pour revenir sur le sujet du nucléaire (que je maitrise de loin, étant ancien sous-marinier au contact d’une chafferie) j’ai longtemps été formé à son fonctionnement, ses risques, ses enjeux. Et il important de noté, un parametre que peu veulent admettre, mais il existe des risques avérés sur l’utilisation du nucléaire : le facteur humain pour commencer. Rappelons que L’accident du Tchernobyl a encore des conséquences sur place et ailleurs, 35 ans après. Une erreur humaine qui a causé la fusion d’un des coeurs de la centrale, et un accident non maitrisable…
        Fukushima n’etait pas une erreur humaine, mais un facteur climatique qui a occasionné la perte des systemes de refroidissement, et l’accident nucléaire derrière. N’oublions pas qu’en cherchant un peu des etudes serieuses sur le domaine, les conséquences pour les ecosystemes aquatiques, ont touchés pratiquement l’integralité de la planète.

        Alors voila on peut debattre des heures (à l’ecrit pas facile…) mais dans un eventuel effondrement du systeme et de la société, je ne pense pas que les infractures, le personnel, les moyens techniques, nous permettront d’assurer la continuité de l’energie nucléaire. Et en collapsologie, il est un fait : on ne sait pas QUAND cela se produira. Donc avons nous le temps de reflechir à son maintien pour l’apres ?
        Dur de repondre, et je suis inquiet de l’optimisme sur ce sujet…

        (Toute cette discution pour ne pas polemiquer, car j’aime debattre de sujets qui me tiennent a coeur, mais il est vrai qu’a l’oral nous pourrions peut etre mieux nous comprendre…)

        1. Enfin une discussion ouverte j’ai envie de dire ! Pas grave pour les erreurs, je ne me relis que quand je publie.

          Pour la pollution, c’est un sujet qu’il faut regarder non pas dans l’absolu, mais relativement à la quantité d’énergie produite et au service rendu.
          Quand on considère que la totalité de la production d’électricité nucléaire française depuis ses débuts a généré l’équivalent du volume de deux piscines olympique de déchets problématiques (c’est à dire ceux à durée de vie longue et à radio activité élevée). La plus grosse proportion des déchets est constituée de béton ou métal qui ne sont que très peu radioactif, mais inutilisables. Pour la plupart, on peut passer à côté sans que ça ne change rien du tout, le problème sanitaire est quasi-inexistant, mais ça reste polluant tout de même.
          Je préfère largement voir l’implantation d’une centrale nucléaire à côté de chez moi que l’équivalent en éoliennes (des centaines) + les moyens d’équilibrage du réseau + stockage + renforcement du réseau électrique. En comparaison, la pollution de l’un est fortement au désavantage de l’autre.

          Pour ce qui est des accidents, il y a également eu une erreur humaine (plusieurs même) à Fukushima. Ce n’était pas un problème lié au changement climatique, mais le fait qu’ils n’aient pas voulu construire la centrale plus haut (+ cher, moins de rendement avec pompage de l’eau sur plus grande hauteur). Pb de l’ouverture de la vanne manuelle sur le système de gestion de vapeur qui aurait pu permettre de tellement retarder la fusion du réacteur qu’ils auraient eu le temps de le refroidir manuellement.
          En aviation (mon domaine) comme dans le nucléaire, chaque accident réduit l’occurence du risque du futur. Et c’est toute la question de l’EPR qui est ceinture bretelle, casque et airbag. La technologique française (eau pressurisée vs eau bouillante) est également moins problématique aux phénomènes de fusion de réacteur, et si vous avez travaillé dans le domaine, vous devez savoir pourquoi.
          Surtout qu’il existe des pistes sérieuses. Réacteur à surgénérateur pour retraiter les déchets des centrales (pouf, problème quasiment disparu). On a eu phoenix et super phoenix, on sait faire, faut industrialiser, financement kapout car uranium trop abondant (l’intérêt économique prime malheureusement). Les ukrainiens, russes, chinois sont dessus, et je dois en oublier d’autre.
          Les SMR sont une bonne solution aussi. Car leur refroidissement sera passif.
          Et dans le pire du pire des cas, celui d’un effondrement subit et soudain, on éteint les centrales, on ne les démantèle pas, mais on les enterre. la chaleur résiduelle qui provoquerai une éventuelle fusion est atteintes en quelques semaines.
          Bref, dans la longue listes de sujets d’inquiétudes, celui de la production d’électricité ne m’inquiète pas plus que ça.
          l’autosuffisance alimentaire est par contre bien au dessus et à mon avis on risque d’avoir quelques surprises dans les années à venir en espérant une prise de conscience niveau politique.
          Très clairement, je suis contre l’installation en France de nouveaux moyens de production plus polluants que les anciens (au motif que la pollution est générée principalement ailleurs) en réponse à la fermeture de moyens de production déjà existants.

          J’ai peut être tord. Mais la vulgarisation scientifique à laquelle j’ai accès m’a largement convaincu que le risque est surévalué. (le réveilleur notamment)

  7. Désolé de ma syntaxe et des graves erreurs d’orthographe ou grammaire. J’ai voulut écrire vite comme les idées me viennent. A me relire, c’est pas joli joli…

  8. En effet le débat est ouvert.
    J’entend vos arguments. Ils sont construits.
    Cependant ils ne me suffisent pas à me rassurer sur notre avenir incertain et sa place que l’on peut lui laisser.

    Ayant été militaire, ma vie tenait dans les mains d’autres personnes, et vice versa, à plusieurs reprises. On se rend compte à ce moment là que l’erreur humaine a parfois des conséquences qui dépassent notre volonté… (détails que je ne pourrait detailler ici par devoir de discrétion).
    Le cocktail FOH + NUCLEAIRE, me semble risqué à long terme. Le fait qu’il n’y ai pas de problème pour le moment ne signifie pas qu’il n’y en aura pas. Le principe de probabilité ne dit pas que le risque n’existe pas, il dit juste que plus le temps passe, plus la chance que quelque chose arrive se rapproche de 1.
    En ce qui concerne l’effondrement qui semble se dessiner, tout semble incertain (quand ? combien de temps ? comment ?) et à ce jeu je trouve que parier sur le nucléaire et toute la chaine de mise en oeuvre pour lancer ou arreter un réacteur, me parait “courageux”. Arreter un réacteur est “facile” quand tout est disponible (personnel, servitudes, systèmes de refroidissement auxiliaires, etc…). Mais que restera t il de disponible si quelque chose survient avec des parametres que l’on a pas encore imaginé ?

    J’avoue le débat est sans fin.
    Mes arguments tiennent compte de paramètres incertains à l’heure actuelle. Mais tout le sujet de l’effondrement de notre société et du système, commence sur des éventualités et de l’incertitude.
    Je pense qu’il ne faut plus prendre de risque. Nous avons sans doute déjà beaucoup trop pris en 50 ans…

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