Pourquoi tout part en cacahuète ?

Pourquoi tout part en cacahuète ?

Petite introduction à la notion d’effondrement à ma sauce.

L’effondrement, ou le terme à la mode “collapsologie” inventé par Pablo Servigne et Raphaël Stevens, est une notion qui est loin de laisser indifférente. Le problème avec cela, c’est que personne ne parle de la même chose. Cet article tente de vous résumer le plus simplement possible de quoi il en retourne, et vous démontrera, avec une approche personnelle, pourquoi ça VA (j’y tiens) partir en sucette.

J’utilise des termes familiers pour détendre, et surtout, pour titiller votre imaginaire. Parce que si vous n’avez pas d’idée précise de ce dont il s’agit, il se peut bien que votre imagination soit déjà en train de vous balader dans la cambrousse, vos enfants dans les bras, en mode randonnée de survie, à bouffer des racines, à éviter les pilleurs et les violeurs des chemins, évitant les fumées au loin indiquant les villages réduits à leur plus sinistre état. Ça s’entre-tue dans tous les coins, ça pille, ça viole, bref: c’est la fête.

Or, l’effondrement, ce n’est pas ça du tout. Car l’effondrement, c’est comme la résilience; ce sont des termes qui, associés à rien, n’ont aucun sens. On ne parle pas ici d’effondrement d’un pays, de l’humanité (quoi-que), mais de notre civilisation. Les problèmes auxquels nous aurons à faire face dans quelques années seront ardus à résoudre pour nous, mais pas pour d’autres. Car des civilisations, il y en a beaucoup; étalées dans le temps et dans l’espace géographique, elles ont toutes un commencement et une fin.

On fait partie de quelle civilisation nous ?

Je ne suis pas historien, sociologue, anthropologue ou même proctologue, aussi là encore des spécialistes trouveront à y redire, et mon approche, sans être disruptive ou complètement fausse, sera certainement peu précise, mais qu’importe. J’ai tendance à définir notre civilisation selon plusieurs critères. Capitaliste, et thermo-industrielle principalement. Nous parlons bien ici de la civilisation occidentale, avec tout ce qu’elle comporte en son sein à tous les niveaux: technologie, sociologie, système politique, économique, culturel, etc.

L’ensemble des êtres humains n’appartient pas à cette civilisation. C’est même une notion dont les frontières sont relativement floues. Prenons par exemple une famille de nomades vivant en quasi-autarcie en Mongolie intérieure. Si la civilisation occidentale s’effondre, il se peut bien que ça ne change pas grand chose à leur quotidien. Il se peut même qu’ils n’en entendent pas parler (ou qu’il n’en aient carrément rien à…). Mais dans la capitale d’Oulan Bator, qui concentre 50% de la population du pays, là c’est une toute autre histoire…

On ne parle pas ici seulement du lien culturel de tous ceux qui pourraient se dire appartenir à la sphère occidentale, comme du temps de la guerre froide, en opposition au bloc de l’est et aux pays non alignés composant le tiers-monde. Mais de tous les pays qui auront adopté un mode de vie à l’occidentale. La République Populaire de Chine en est un très bon exemple. N’allez surtout pas dire à Xi Jinping qu’il est occidental ! Mais son économie intérieure et extérieure est tellement imbriquée avec celle de l’Europe et des USA, que si un de ses deux rivalo-partenaires glisse sur une bouse, il aura aussi mal aux fesses.

Bon, c’est quand que ça part en freestyle ? On parle pas de pétrole ?

J’y viens. L’approche la plus communément utilisée par ceux qui parlent d’effondrement, c’est celle qui fait de nous intrinsèquement une civilisation dite “thermo-industrielle”. Ce qui fait notre force, ce qui nous donne tout ce pouvoir, notre potion magique, c’est… Ou ce sont: les énergies fossiles.

Charbon dans un premier temps, puis pétrole, nous ont rendus capables de tous les exploits (et bien des conneries aussi). Nous nous en sommes rendus tellement dépendant que même un trader new-yorkais, la narine encore de blanc saupoudrée, pourrait dire de nous qu’on abuse un peu quand-même…

Sans pétrole, on ne fait tout simplement plus rien. Il n’y a pas que la voiture qu’on va laisser au garage. Une grande partie de notre alimentation dépend du pétrole pour sa production/transformation/transport/vente/transport à la maison/consommation. Nos vêtements sont majoritairement à base de produits pétroliers, comme nos médicaments, et… à peu près tous les objets qui composent notre quotidien en fait. Une grande agglomération comme Paris, pour l’exemple, c’est seulement trois jours d’autonomie alimentaire…

Le pétrole étant une ressource non renouvelable, elle finira bien par s’épuiser (whaaa la nouvelle de ouf !). Et c’est ça qui est réellement fou. Tout le monde le sait, mais tout le monde met cette évidence sous le tapis. On croit à la bonne fée technologie qui nous trouvera une alternative au bon moment, ou que les politiques réagiront à point nommé pour réguler tout ça. Malheureusement non. Les COP passent et se ressemblent toutes, et rien ne change. Signe que c’est une ressource importante qui tant à se raréfier, la majorité des sujets de géopolitique mondiale et la plupart des conflits récents ne sont rien d’autres que des guerres visant à s’approprier ces ressources.

Si vous voulez en savoir un peu plus sur notre dépendance au pétrole et tout ce qui a attrait à ce sujet, je vous conseille la géniale conférence gesticulée très habilement nommée “Faim de pétrole”, par Anthony Brault.

Ce dont tous les collapsologues parlent sans distinction, c’est le pic de production pétrolier. C’est une notion complexe qui a fait l’objet de nombreuses études, et dont cette vidéo du réveilleur aborde très bien. Nous avons déjà atteint, dans les faits, le pic de production du pétrole dit conventionnel. Ce pétrole conventionnel, c’est celui qui est relativement facile à extraire. Le pic de production d’un gisement de pétrole conventionnel est atteint généralement 40 années après sa découverte. Il n’y a donc rien de plus simple que de déduire le pic de production en retrouvant celui des découvertes.

source: www.wikiwand.com

Cette image date un peu, mais on peut en déduire que le pic de découverte étant passé dans les années 1970, le pic de production pourrait logiquement être attendu durant la décennie 2010… Ouch!

Depuis, d’autres découvertes ont eu lieu, permettant de retarder l’échéance. C’est l’arrivée des pétroles dit “non conventionnel”. Dans le panier on y met un peu tout. Le pétrole lourd, ceux situés à des profondeurs indécentes, les sables bitumineux, les gaz et huile de schiste, etc.

En 2014, les USA, grands consommateurs de pétrole, sont même devenus, tenez-vous bien, le pays produisant le plus de pétrole au monde, devant l’Arabie Saoudite, le Venezuela et consorts. Ils sont même devenus exportateurs de brut, grâce au “miracle” des pétroles de Schiste. Encore aujourd’hui, de grandes quantités de pétrole sont découverte aux USA, mais…

Haaaa ben y’a plein d’pétrole (et de charbon), peuvent pas nous lâcher les prophètes de la fin du monde là ?

Pas tout de suite. Il y a un facteur essentiel à comprendre, il s’agit du TRE, pour taux de retour énergétique. En 1970 aux USA, il était de 100. En investissant l’énergie contenue dans un baril de pétrole, on en récupérait 100. Actuellement, il oscille aux alentours de 5 à 7 seulement.

Mathématiquement, cela veut dire que si vous découvriez en 1970 un gisement de 1 milliard de barils, vous pouviez en récupérer 990 millions à injecter dans votre économie sous forme d’énergie pure. Si on fait une découverte équivalente de nos jours aux USA sous forme d’huile de Schiste, avec un TRE de 5 pour cette seule forme de pétrole, on ne pourra plus injecter que 800 millions de barils dans l’économie… Soit 20% de moins. Ce qui veut dire, pour ce simple exemple, qu’il faudrait 20% de réserve supplémentaire de pétrole de schiste pour suivre le rythme. Sauf qu’on sait que la consommation ne stagne pas, elle accélère. En conclusion, non seulement on approche du pic de production, mais en plus on s’en approche de plus en plus rapidement.

On pourrait faire une analogie du TRE avec votre boulot par exemple. Comme l’actualité des gilets jaunes nous le montre, tout du moins pour ce qui a mis le feu aux poudres, si l’argent mis dans la voiture pour aller au travail coûte plus cher, le travail rapporte moins. Au bout d’un moment… Autant rester chez soi. En continuant l’analogie, on pourrait dire qu’à 1 pour 100, même taux que l’extraction du pétrole aux USA, Pour chaque euro dépensé dans votre voiture en essence, frais, achat, assurance etc., votre travail vous rapporte 100€. Pour un smic à 1200€ net, cela voudrait dire qu’avec un TRE de 1 pour 100, votre budget voiture n’excéderait pas 12€. Avec un taux de 1 pour 5 par exemple, 1 € de votre budget voiture ne vous rapporte plus que 5€. Tout d’un coup, sur 1200€ de votre salaire, y’en a 240€ qui vont tomber dans votre budget voiture. A 1 pour pour 3, C’est 400€. En gros, vous pourrez toujours aller au travail, mais au bout d’un moment… Quel intérêt ?

Ne pourrait-on pas tout simplement arrêter la croissance et limiter la consommation de pétrole ? Eh bien non. Notre système est enchaîné à la croissance, et c’est lié à la conception de son économie. On ne peut faire que croître, sinon l’économie s’effondre.

De la croissance pour le petit déjeuner

Selon moi, c’est LE sujet primordial. Comprendre une des bases de notre système économique permet de mettre le doigt sur beaucoup de choses, et pas que sur l’effondrement. Mais promis, je vais simplifier ça au max, vous laissant ici et là quelques vidéos et articles si vous voulez creuser le sujet. Z’êtes prêts ? C’est parti !

La croissance, on y a tous droit à toutes les sauces. C’est tellement important que des êtres supra-intelligents inventent des termes pour ne pas parler de récession quand il y en a une, mais évoquent des “croissances négatives” (sont forts quand même les types). Vous ne vous êtes jamais demandé pourquoi ce terme est si important pour qu’il fasse si souvent l’objet des unes ? Après tout, si la croissance est nulle -si on stagne quoi – qu’est ce que ça peut bien faire ? C’est simple: tout se casse la gueule ma p’tite dame. Tout simplement.

Pour le comprendre, il faut se poser la question d’où vient l’argent. Beaucoup pensent à des montagnes d’or converties en €uro ou en Dollar$ qui circulent dans les pays, monnaie mise en circulation par les états. Il n’en n’est rien. L’argent qui circule dans notre économie est créé à partir de rien lorsqu’une personne, une entreprise ou une collectivité contracte un emprunt. Et se sont les banques privées qui sont en charge d’émettre la monnaie. Après s’être assurées que vous pourrez les rembourser, elles émettent un titre de dette, et zou, voici la valeur de tout votre emprunt qui part irriguer l’économie dite réelle. Pour faire simple, lorsque vous empruntez 200 000 € pour vous acheter une maison ou un appartement, l’argent apparaît comme par magie au moment où vous signez l’offre de prêt. C’est un simple document comptable sur lequel apparaît votre dette. Lorsque vous achetez votre appartement, vous allez payer des entreprises, qui vont payer à leur tour d’autres entreprises, qui vont toutes payer des salaires et des impôts, qui vont payer des fonctionnaires, etc.

Lorsque, chaque mois, vous remboursez votre dette, l’argent que vous rendrez sera simplement détruit, en détruisant la ligne contenant la somme que vous devez à la banque. Si, au bout de la moitié de votre prêt vous avez remboursé 100 000€, votre dette ne sera plus que de 100 000€. La moitié des 200 000€ a tout simplement été détruite !

La monnaie est donc un flux, et il est important que de nouveaux emprunts soient contractés en permanence pour remplacer l’argent détruit.

Les plus titilleurs d’entre-vous aurez déjà remarqué qu’il y a un truc qui manque… Les intérêts ! Et oui, les banques ne sont ni philanthropiques ni altruistes, elles ne prêtent pas par plaisir d’offrir. Pour l’exemple, si vous empruntez 200 000€ sur 20 ans avec un taux d’intérêt de 2%, la banque se rémunérera avec les 57 224€ d’intérêt de votre emprunt.

Maintenant, résonnons global, et faites un petit effort d’imagination. Imaginez que l’économie réelle soit une baignoire, alimentée par un flux qui s’appelle la monnaie. Le robinet qui alimente la baignoire en argent frais, c’est la banque, via l’emprunt. Sans intérêt, dans la baignoire, il y aurait un trou qui laisserait s’échapper la monnaie aussi rapidement qu’elle arrive. Ainsi, la baignoire est constamment maintenue à niveau. Avec les intérêts, le trou est plus gros que le robinet. La baignoire se vide plus rapidement qu’elle n’est remplie. Alors que faire ?!

C’est simple. Ouvrir le robinet plus rapidement que le trou par lequel s’échappe la monnaie: c’est la croissance !

Si la croissance est faible, alors elle arrive à maintenir la baignoire à niveau. Notez qu’il faut une croissance, même faible, pour que la baignoire ne se vide pas. Seule une forte croissance peut apporter un mieux à l’économie.

Si vous râliez uniquement sur les frais et agios divers dont se gave votre banque sur votre dos, vous avez l’occasion de découvrir ici que leur richesse provient bien d’ailleurs. Elles sont la source même de la monnaie qui circule dans notre monde.

Si la population comprenait le système bancaire, je crois qu’il y aurait une révolution avant demain matin.”

Henri Ford

Si vous voulez en savoir plus sur le système de création monétaire, je vous conseille vivement de regarder la vidéo ci-dessous. C’est très bien expliqué, très synthétique, et vous aurez toutes les clés pour comprendre bien des choses. Vraiment, ça vaut la peine. Je ne comprends même pas comment une pareille vidéo peine à passer le cap des 10 000 vues…

Et alors, c’est quoi le lien entre effondrement et croissance ?

C’est justement là l’essentiel de problème, le cœur. Car pour générer de la croissance, il faut plus d’activité. Et sur quoi se base l’activité humaine ? Sur l’énergie et les ressources. Comprenez-le bien. Nous en sommes arrivés à un stade ou le fonctionnement de l’économie n’est plus nécessaire à la bonne marche d’un système qui est bénéfique aux hommes. C’est désormais l’inverse. Nous devons faire tourner la machine pour alimenter le système dans un espèce de cercle vicieux. Un des parallèles le plus simple que nous pouvons faire est à trouver dans l’évolution du modèle paysan de l’après- guerre. Dans ce très touchant documentaire nommé Adieu Paysans, on apprend que l’agriculture était faite d’une multitude de familles subsistant à leurs propres besoins. Leurs surplus leur apportaient des moyens supplémentaires. Avec la mécanisation, et de façon plus large l’industrialisation de leur activité, de nombreux entrants sont devenus nécessaires à leur métier. Ces entrants (tracteurs, mécanisation, essence, entretien, pesticides, graines, etc.) ont cependant un coût non négligeable, et ont créé un nouveau besoin inexistant dans leur activité jusqu’alors. Désormais, pour pouvoir vivre, un paysan doit d’abord rembourser ses prêts, et ses nombreuses charges. Seul ses surplus de production permettent désormais de subvenir à leurs besoins vitaux. Un métier qui a bien changé, voici longtemps qu’on ne danse ni qu’on ne rit dans nos campagnes… L’agriculture tient désormais le haut du pavé d’un triste record, celui du taux de suicide. Avec un agriculteur qui met fin à sa vie tous les deux jours en France, on a là le signe d’une société malade dans une population qui a pourtant un des rôles les plus importants: celui de nourrir la population.

La dépression qui court au travers de nos basses-cours et de nos champs n’est qu’une image du monde capitaliste. Tout tourne autour du profit. Le profit pour alimenter une machine, mais aussi l’avidité de l’homme. En théorie, la société dans son ensemble doit être à même de subvenir aux besoins des individus. Dans les faits, la société capitaliste a besoin d’individus pour consommer toujours plus, pour lui assurer sa subsistance. Mais notre planète ne peut pas suivre le rythme indéfiniment, et nous touchons là à ce que nous appellerons des limites.

Les limites de la croissance

C’est le titre d’un best-seller sorti au début des années 70. C’est au sein d’un groupe apolitique composé de chercheurs, fonctionnaires et divers intellectuels nommé le “club de Rome”, que Denis Meadows, professeur et chercheur au MIT, proposa de matérialiser à l’aide de l’informatique naissante, une simulation du fonctionnement des systèmes complexes composant notre société. Il en sorti un rapport publié sous forme de livre, à l’origine de bien des mouvements écologistes existant actuellement. Voulant simuler les boucles d’actions et de rétro-actions des activités humaines, telle la production alimentaire, la natalité, la production de richesses, l’exploitation des ressources, la pollution, etc., ils en sont arrivés à la conclusion que le système ne pouvait que s’effondrer dans les deux premières décennies du 21ème siècle si rien n’était fait.

Des prédictions dignes du calendrier Maya, il y en a beaucoup. Mais ce qui fait la force de cette étude, c’est que publiée en 1972, les chiffres sont désormais vérifiables. Et puisqu’une image vaut mille mots, regardez attentivement la courbe suivante:

Les courbes en pointillées sont les valeurs calculées par la simulation. Elles nous montrent un effondrement prévu entre 2010 et 2030. Les lignes continues sont les données réelles ajustées sur la simulation. Les tendances sont globalement respectées. Nous pouvons voir que quelques courbes pourraient décaler la survenue de cet effondrement, notamment les ressources qui semblent s’épuiser moins rapidement qu’initialement annoncé. Néanmoins le modèle est solide et se vérifie. Car si elles s’épuisent moins vite… Elles s’épuisent néanmoins. La conclusion est inévitable.

Ok… On a réussi à repousser l’effondrement de quelques années alors ?

Eh bien… Pas vraiment. Mais là on rentre dans un domaine assez subjectif, et je vais donner une interprétation personnelle. En ce qui me concerne, l’effondrement, on y est déjà en plein. Je vois cela comme l’image d’une grenouille placée dans un récipient contenant de l’eau, que l’on chauffe graduellement. Comme ma femme dans la douche, la température monte progressivement, et elle doit se sentir bercée par la douceur de la chaleur. Elle finit par mourir (la grenouille, pas ma femme!) sans jamais s’être aperçu du danger. Voilà comment je vois notre situation collective à ce jour.

Pour apporter quelques éléments à ma synthèse, il faut pouvoir prouver que l’eau est plus chaude qu’avant. Et pour cela, malheureusement ce n’est pas bien compliqué. Moi qui suis passionné d’aviation, j’ai un exemple assez marquant. Il y a quelques années de cela, nos parents pouvaient faire un Paris-New-York en un peu plus de 3H seulement, soit deux fois et demi plus rapidement qu’aujourd’hui. Oui… Et seulement grâce à la magie du pétrole pas cher au moment de la conception du Concorde. Cette pure folie technique et économique, qui fait qu’hier seuls les plus fortunés pouvaient s’offrir ce genre de voyage, était économiquement viable pour des personnes de la classe moyenne si le premier choc pétrolier n’avait pas eu lieu. Notre société, basée sur la technologie, a donc régressé. Et il ne m’étonnerait pas que dans les 20 ou 30 ans qui viennent, nous raconterons à nos enfants avec un brin de nostalgie que nous pouvions nous rendre en vacances à l’autre bout du monde en un (presque) clin d’oeil, d’une journée de voyage seulement.

Le pétrole et le gaz viennent à manquer, et on se bat déjà pour cela. Mais pas seulement le pétrole, ce sont toutes nos ressources qui atteignent un pic de production. Regardez de quoi est fait votre téléphone ou votre ordinateur, et cherchez sur Google “Pic de production du Cuivre/Aluminium/Lithium/Nikel, etc. Vous n’allez pas passer une bonne soirée…

Certes, la croissance a apporté un regain de confort et de sécurité à nos parents et grands parents. Mais à partir d’un certain niveau de développement, c’est nous qui devenons des exploités de la croissance. Il n’est pas seulement question d’un problème de redistribution des richesses, mais la machine s’est complètement emballée. Les rapports du GIEC sont alarmistes, alors que le consensus ayant permis leur publication retient toujours les moins pessimistes de leurs prévisions. Nos terres arables se déversent dans les océans, les océans sont noyés de plastique, les océans s’acidifient à cause d’une augmentation du CO² absorbé venant du trop plein de l’atmosphère, nos insectes disparaissent, entraînant avec eux les oiseaux de nos champs, 50% des vertébrés ont déjà disparu de la surface de la planète… Le pire c’est que tout disparaît ou change tellement vite que les éco-système non pas le temps de s’adapter. Bref, tout fou l’camp. Suffit d’ouvrir les yeux et de constater.

Merde ! Autant tout envoyer péter et crever tout de suite alors ?

Le pessimisme ? Pas pour moi. Ce monde où la majorité de la population mondiale est devenu l’esclave d’une autre, où toutes nos valeurs d’entraide et toutes nos joies sont broyées par un système, cela fait longtemps que je n’en veux plus. Savoir que tout ceci aura une fin me réjouit plutôt. Après tout, que m’importe de perdre la capacité de faire un aller-retour à Dublin pour 50 balles ? Qu’est ce que ça va changer de plus manger une pomme qui vient de Nouvelle Zélande, blindée de produits chimique qui bloquent son pourrissement naturel pendant plus d’un an ? De ne plus bouffer dans un fast food qui me fait grossir plus vite qu’une oie, me donnant des maladies que je n’aurais jamais eu sinon ? Qu’est ce que ça va changer que je ne pourrais plus m’acheter un T-shirt à 1€ chez Primark, fabriqué au Bangladesh par une mère de famille pour un salaire de misère, avec son bébé dormant au pied de sa machine à coudre? Rien.

Par contre, le bonheur redécouvrir la joie de l’entraide avec mes voisins, de se nourrir sainement avec des fruits et légumes achetés localement voire produits dans son propre jardin, de redécouvrir la joie de vivre plus près de la terre, de me réjouir du temps supplémentaire de qualité que j’aurais avec ma famille… Oui, ça, je l’attends. Je le veux, je le souhaite. Du plus profond de mon être. Et c’est de cette transition intérieure que je veux vous faire le messager, pour qu’elle soit, aussi, la vôtre.


PS: je m’excuse déjà d’avoir été si long. Et encore, j’ai fait un suuuuper effort de synthèse. Chacun des sujets mériteraient un long approfondissement, et il y a des choses que j’ai dû mettre de côté pour ne pas faire encore plus long. Si ça en intéresse certains, faites-le moi savoir. J’ai des bibliothèques de liens pour la plupart des sujets abordés ici. Et les commentaires… ça sert aussi pour prolonger la discussion ! A bon entendeurs 😉

5 réactions au sujet de « Pourquoi tout part en cacahuète ? »

  1. Pour imaginer ce que l’effondrement risque de donner au final, on peut regarder ce qui se passe au Venezuela actuellement ou ce qui s’est passé à Cuba quand la Russie à coupé le robinet pétrolier en 1989 (https://www.youtube.com/watch?v=KEF19NV_3SE&).
    On est plus sur une décomposition progressive de la société et des services que sur une apocalypse hollywoodienne.
    Sinon, très bien tes articles de vulgarisation, mais tu devrais les scinder en plusieurs parties. C’est plus facile à lire et comme cela tu ne brûleras pas toutes tes cartouches en une fois.

  2. 🙂 Bel Effort ! Merci !
    Belle introduction. Tout comme toi, en réfléchissant à la Vulgarisation, mais pour mes amis et ma famille, je pensais aux “building blocks” qui sont nécessaire à une bonne comprehension, et les prendre un à un. EROI, Peak oil, Agriculture, Transport, Solaire, …
    Et, tu connais surement, j’ai récemment découvert David McKay, qui a selon moi une approche interessante : nous considérer comme des machines qui consomment des Watts (ou des kWh). Pédagogiquement très intéressant je trouve. Quelque chose comme “nous devons tous devenir une machine à 1000W” (vs. 3-4000 maintenant).
    Perso ca me parle, et j’ai trouvé le concept assez facile à expliquer.
    Merci pour l’effort en tout cas 😉 , bonne continuation !

  3. C’est un bon résumé, et l’on peut servir utilement pour une présentation succincte.
    La conclusion est également indispensable : selon moi, on y parle d’un effondrement d’un cancer,
    et d’une renaissance plus saine.
    A lire, sans peur de l’effondrement.

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