L’effondrement s’invite au grand débat

L’effondrement s’invite au grand débat

L’effondrement s’invite au grand débat, et il casse les barrières érigées par les clivages politiques. Ce n’est pas un fait général, certes, mais c’est un témoignage d’une histoire vécue par Sylvain, 37 ans, qui a souhaité intervenir dans sa commune. Le résultat ne fut pas celui qu’il espérait, mais l’histoire a eu un tel écho favorable dans le groupe Facebook de la Collapso Heureuse que je ne pouvais me permettre de ne pas la relater ici.

Le grand… débandade

Notre protagoniste, kinésithérapeute et ostéopathe de profession, a vu l’opportunité, au travers du grand débat, de profiter de la tribune pour initier les habitants de sa commune à la notion de l’effondrement. Il avait bien tenté un peu plus tôt de participer aux échanges sur le site du grand débat, mais les questions étant tellement fermées que les réponses ne peuvent être qu’orientées. Bref, un débat entre gros guillemets, une entourloupe de plus dans la com. gouvernementale pour nous faire croire qu’ils écoutent alors que seules les réponses qui entrent dans la case système sont audibles, et ce alors que la plupart des gilets jaunes, le système… On ne sera pas vulgaires ici.

Cela fait une quinzaine d’années que Sylvain s’est ouvert à l’écologie. Pas l’écologie comme on pratiquerait une lubie, et dont on ne ferait qu’en parler, mais l’écologie qui fait prendre conscience, profondément, que le monde ne tourne pas rond et qu’on a tous notre part de responsabilité. Adepte de la collapsologie depuis quelques temps déjà, comme beaucoup il se sent seul dans ses convictions. Il lui faut en parler. Non comme un exutoire seulement, mais pour tenter de faire comprendre, avec des mots choisis, dans quelle urgence nous nous trouvons. C’est une invitation au grand débat, reçue dans sa boîte au lettre, qui sera le déclic.

Politiquement orienté à gauche, Sylvain se fixe deux objectifs. Le premier, le but ultime, est de faire passer des idées politiques assez radicales pour tenter de sauver ce qui peut encore l’être. Le second est d’initier le grand public à cette notion qui n’est qu’effleurée dans les médias… Bon courage. Pendant l’écriture de son texte, il s’aperçoit qu’on ne peut faire passer ses idées radicales que si ce qui pousse à la radicalité est légitime. Alors sauver le monde, pour nous qui sommes adeptes également de ces idées, la légitimité ne se pose pas vraiment… Mais pour ceux qui découvrent ce message, la pilule est un peu grosse à avaler. D’où la nécessité d’une grosse, très grosse introduction sur les risques que fait peser l’effondrement écologique sur la survie à court terme de notre espèce.

C’est à force de développer ses nombreux arguments sur papier que Sylvain se rend compte qu’il n’aura jamais le temps de parler de ses idées politiques. Rien que le chapitre sur l’anthropocène est long, et écrire très petit ne sert à rien, ça ne fera pas raccourcir la présentation. Les pages défilent et notre écrivain d’un jour doit faire un choix. Au diable les idées politiques, la première urgence est de parler de l’effondrement ! Ceux qui en prendront conscience auront ensuite tout le loisir de faire mûrir leurs propres idées, même si une grande partie d’entre eux resteront dans le déni….

Après avoir terminé son texte, Sylvain part en mairie, et le dépose dans la boîte prévue à cet effet. Mais le jour du débat, il décide de raccourcir son propos à 5 minutes effectives, synonymes d’introduction à l’effondrement.

Le grand… débâcle-

Le jour du grand débat arrive. La centaine de participant -très majoritairement retraités s’installe, et l’animateur, sur un ton peu neutre quand à son orientation politique (se vantant d’avoir fait la même école que notre cher président de la république), porte déjà indirectement et bien malgré lui quelques coups supplémentaires à la présupposée sincérité de ce débat. Au bout d’une dizaine de minutes de tirade sans intérêt, notre héraut prend la parole, et commence son exposé. Il est interrompu dans son introduction par l’animateur, interloqué par le fait que le premier orateur avait quelque page de notes. “Vous… Allez tout lire ? Mais on a pas le temps faut faire bref ! […] Peut importe que ce soit important, donnez nous votre conclusion !”

Pris au dépourvu, mais après quelques secondes d’intense réflexion:

“si l’on ne sort pas de notre mode de consommation et des énergies fossiles nous nous effondrons, si nous luttons efficacement contre les désordres écologiques, nous effondrons l’économie.”

Cette intervention a fait réagir l’intervenant suivant, déballant sans vergogne aucune la tirade habituelle de l’homme enfoncé dans son déni. Entre les “c’est la faute des chinois qui sont plus nombreux”, les “c’est pas sûr que ce soit de la faute de l’homme”, y’a trop de démographie en Afrique, etc. Ce fut le seul moment où le thème de l’écologie fut abordé de toute la soirée.

L’événement inattendu

Evidemment, Sylvain est marqué par cette débâcle. Dans son for intérieur, c’est déjà l’effondrement. Mais un événement inattendu se produit à la fin de cette soirée de moyen débat. En la personne du maire de cette commune qui vient voir notre protagoniste pour lui dire: “Puis le maire vient me voir et me dit : j’espérais que vous veniez, j’ai lu tout votre texte. Vous m’avez donné beaucoup de travail, j’ai dû vérifier tous les chiffres. Ce que vous racontez est très pertinent et vous êtes dans le vrai. Les gens qui sont ici ne peuvent pas le comprendre. C’est une question d’éducation. Il faut qu’on organise une conférence sur votre thème. Et il faut que vous passiez me voir, vous avez des propositions très intéressantes, il faut que ces gens comprennent que la croissance est terminée. Et il a pris mes coordonnées.”

Un sujet qui dépasse les clivages politiques

Peu importe l’étiquette politique, le sujet de l’effondrement, pour qui veut bien le regarder en face sans s’en détourner en prenant le chemin du déni, ne peut qu’être interpellé au plus haut niveau de son être. Il n’est plus vraiment question de politique politicienne, mais de survie. Si le grand débat arrivait à capter et à porter haut ce sujet de la plus haute importance, alors il pourrait en sortir quelque chose de grand, autre que son nom. Encore faudrait-il croire en la sincérité de cette mise en scène politique dont il est établi que ce n’est qu’une façon très habile, bien qu’illégale, de partir en campagne pour les Européennes. BREF ! Saisissons toutes les opportunités pour faire comprendre à ceux qui nous entourent qu’il y a des sujets un peu plus important que la croissance, le prix de l’essence, Benalla ou les 80 kmh.

Pour terminer, vous pouvez découvrir le texte de Sylvain ci-dessous.

texte-log-grand-debat


9 réactions au sujet de « L’effondrement s’invite au grand débat »

    1. Je suis en plein déménagement, et je vais tenter de mettre un lien dès que j’ai une seconde. Semaine prochaine. Si pas de news Mardi, envoyez moi un mail 🙂

  1. Bonjour. j’avais suivi l’affaire sur la collapso heureuse et de mon côté, j’ai écrit un texte de 2 page que j’ai scotché dans le cahier de doléance de ma mairie, envoyé par mail à mon député Alexis Corbière. Je souhaite l’envoyer à TOUS les députés de l’AN, et aussi à Monsieur Macron. je vous le mets ci dessous. Je l’envoie à qui me le demande, et veut l’utiliser à sa mode…
    A Mesdames et Messieurs nos représentants élus,
    Je vous interpelle sur votre responsabilité dans la catastrophe écologique annoncée et le probable effondrement de nos sociétés industrielles dans un futur pas si lointain. Tous les voyants sont au rouge. Les documentaires, les livres, les scientifiques font tous le même constat : en continuant sur le modèle économique actuel, le changement climatique et la destruction de nos écosystèmes entraînent des phénomènes en chaîne qui deviennent incontrôlables et cela de manière planétaire. Nous atteignons le point de rupture au delà duquel la menace de disparition de nos sociétés se profile.
    Je ne rentrerais pas dans les détails des conséquences (je vous laisse en fin de contribution des ouvrages/conférences/sites à consulter)
    La France n’a même pas réussi à respecter ces engagements de la COP 21 qui était de réduire pour 2017 (ou 2018) ses émissions de CO2 de 3%. Elles ont même augmentées.
    A la question que mes enfants me poseront un jour : « Et toi, qu’as-tu fait pour éviter ces catastrophes ? je pourrais répondre que j’ai écrit cette lettre aux responsables élus de l’époque.
    Car les petits pas que je m’efforce de faire à mon niveau : acheter moins de viande, moins de produits sur-emballés, faire mon ménage avec des produits non polluants, me déplacer à pieds, en vélo, en transport en commun au maximum, acheter local grâce à une AMAP, et si possible en utilisant les circuits biologiques, réparer, acheter d’occasion, consommer moins… ces petits pas ne suffiront pas. Et je sais qu’il n’y a pas de planète B.
    Je sais que même si tout le monde procédait ainsi individuellement, il faudrait trop d’années pour que la situation s’améliore sur la planète.
    Ce que je ne sais pas, c’est ce que vous, nos élus, nos représentants qui êtes au pouvoir, vous qui avez la possibilité de légiférer, de prendre des décisions au niveau communal, national, européens, international, vous qui savez – car comment ne peut-on pas savoir ces faits quand on occupe des postes de ce niveau ? – ce que je ne sais pas c’est ce que VOUS êtes prêt à faire concrètement et présentement.
    Car c’est de cela qu’il s’agit. Agir maintenant pour atténuer les conséquences de l’effondrement annoncé qui arrivera probablement par crises successives (les scientifiques disent que nous y sommes déjà avec la 6ème extinction de masse de la bio-diversité en cours).
    Chaque commune doit proposer a minima un plan de résilience (=capacité d’un corps, d’un organisme, d’une espèce, d’un système à surmonter une altération de son environnement), pour parer aux crises qui ne manqueront pas de se succéder dans les années à venir.
    Et dans ce cadre, l’Etat doit donner les moyens aux communes d’agir dans ce sens en adoptant un plan national d’urgence climat. Il y a suffisamment de littérature sur le sujet pour adopter les mesures vertueuses.
    On ne peut plus continuer comme si les ressources de la planète étaient inépuisables !
    Quelque soit votre mandat (local, national, international), vous avez été élus pour défendre l’intérêt général.
    En ne faisant rien, vous vous rendez complices des intérêts privés qui occasionnent tous ces dégâts. Vous trahissez les peuples. Et actuellement, les peuples s’en rendent compte.
    Si je reconnais l’intérêt porté par le gouvernement à l’Affaire du siècle et aux 2 millions de signataires soutiens de la démarche, les premiers éléments laissent peu d’espoir quant à l’intention du gouvernement d’être à la hauteur de l’enjeu climatique. Aucune nouvelle mesure, ni changement de cap ne sont clairement annoncés. La réponse médiatique tombée récemment par l’envoi d’une lettre et d’un mémo ne donne aucune réponse formelle mais en appel à la responsabilité individuelle. C’est un peu court.
    Les organismes à l’origine de cette pétition ont pourtant alerté sur les manquements graves de la France en la matière dans les documents transmis au gouvernement en décembre dernier. Les trajectoires actuelles nous font rater nos objectifs de réduction d’émissions en 2020, de même que ceux d’efficacité énergétique et de développement des énergies renouvelables. Ces carences dans la lutte contre les changements climatiques constituent une menace pour les droits et la sécurité de nos concitoyen-nes. L’Etat doit prendre ses responsabilités au plus vite. Les actions individuelles, si elles sont nécessaires, ne peuvent à elles seules répondre à l’urgence du changement climatique.
    Messieurs les élus, il vous faut changer votre copie.
    De mon côté, je n’irais voter (local, national et européenne) que sur des programmes qui proposeront des actions concrètes et efficaces pour atteindre a minima les engagements de la France à la COP21 et pour préparer le pays à des mesures d’urgence face à cette véritable guerre contre le changement climatique qu’il nous faut mener dès maintenant à tous niveaux pour la gagner.
    Voici quelques ouvrages à lire, conférences à regarder ou site à consulter, pour ne pas dire que vous ne saviez pas.
    « Comment tout peut s’effondrer » de Pablo Servigne et Raphaël Stevens
    « Demain » film de Cyril Dion (et « Après demain »)
    « Une autre fin du monde est possible » de Pablo Servigne, Raphaël Stevens et Gauthier Chapelle
    « Petit manuel de résistance contemporaine » de Cyril Dion
    « L’entraide, l’autre loi de la jungle » de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle
    https://www.youtube.com/watch?v=2JH6TwaDYW4
    Conférence de Jean-Marc Jancovici « A quand la rupture énergétique ?»
    sosmaires.org.
    Un site crée par des maires de France autour de ces questions pour organiser la résilience à l’effondrement annoncé. A destination des communes rurales, mais qui donnent de nombreuses pistes à explorer et peut-être des idées pour les communes urbaines.
    https://www.novethic.fr/actualite/environnement/climat/isr-rse/infographie-interdiction-d-acheter-une-voiture-neuve-ou-de-prendre-un-long-courrier-couvre-feu-thermique-quotas-sur-les-produits-importes-les-mesures-chocs-pour-rester-sous-1-5-c-146877.html?fbclid=IwAR2-ewyvwkPe93s6Z80ZX1S22oreRAGYumr4PEGaM8CZdpiMN-AlfZpOT74

    L’article de Novethic qui vous fera prendre conscience du type d’urgence dans lequel on se trouve et des mesures restrictives strictes à prendre pour réussir à rester sur la trajectoire de 1,5° de réchauffement planétaire.

    1. Bravo pour tout ce boulot !! J’aurai aimé avoir l’énergie et le talent d’écrire ces lignes que je partage. Que celà serve (si possible) ou non (hélas plus probable), on ne lâche rien! Merci encore à toutes ces contributions. Je suis preneur des textes par mail.

  2. Bonjour Bruno, merci pour cet article, je suis très intéressée par ce texte !
    J’envisage de prendre contact avec mon maire également et cela pourrait m’être très utile 😉 Merci !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.