L’effondrement qui vient: Soyez heureux !

L’effondrement qui vient: Soyez heureux !

Si vous êtes dans une mauvaise passe, un peu déprimé après avoir écouté Aurélien Barrau, lu Pablo Servigne, un bout de résumé du rapport du Giec… Bon. Je ne voudrais pas vous paraître présomptueux ou hors sujet voire choquant en vous demandant de vous réjouir. Nombreux sont ceux qui sont déprimés à l’idée que tout part vraiment en sucette, et que l’avenir s’assombrit à une vitesse qu’on a pas imaginée. Notre civilisation est un peu comme un jeune qui vient d’avoir son permis moto, qui n’a pas conscience de la responsabilité qui est la sienne, ni du danger qu’il représente, quand il fonce à vive allure en pensant épater sa nénette à l’arrière qui, de son côté, est en train de se faire pipi dessus. Un virage mal anticipé, un camion qui arrive en face, une vitesse trop élevée, un ravin … Nous sommes dans la tête de ces jeunes. Ce qui va se produire est inéluctable, la moto va partir dans le vide, et les secondes vont paraître très longues.

Un mauvais réflexe…

En moto, le réflexe humain est de s’attacher à son bolide. Pourtant les motards savent que ce réflexe est mauvais. Car il vaut mieux ne pas compter sur la sécurité qu’elle vous offre. Si vous suivez sa trajectoire, sa masse pourrait se retourner contre vous et vous blesser bien plus gravement encore. Surtout, avec l’inertie, elle vous entraînera plus loin que si vous vous décidez à l’abandonner. Face à une telle situation, le seul moyen d’avoir une chance de survie assez élevée pour raconter cette expérience à vos petits enfants est de coucher la moto, de la lâcher et de vous laisser glisser. Vous ne saurez peut être pas très bien avec certitude où vous atterrirez, mais vous aurez une chance.

Pourtant à notre monde, on s’y accroche comme des fous furieux. Tout ce qui est autour de nous nous façonne. C’est comme se retrouver subitement en pleine mer après avoir nagé un peu trop loin, sans plus voir aucun rivage. Soudainement, nous n’avons plus de repères et nous ne savons plus que faire. Cette angoisse, je n’ignore pas que beaucoup la vivent. Et pour eux, la moto reste un repère, et c’est pour cela qu’ils ne veulent pas la lâcher. Ils vont mourir peut-être, sûrement même, mais ils préfèrent l’angoisse d’une mort connue à celle d’une souffrance inconnue.

Illustration de Bruno Chaplot, de la page Facebook les Collapsonautes.

Mais pourquoi pleures-tu ?

Le monde dans lequel nous vivons nous a tellement conditionné que nous nous trouverions perdus sans lui. Si on cherche bien, une part de ce qui nous angoisse quand on pense à la fin du confort que le monde moderne nous apporte, c’est bien que tout ce qui permet notre subsistance nous est apporté sur un plateau ! Vous imaginez vous un monde où subitement nous risquerions de perdre l’électricité, l’eau courante, nos toilettes et notre hygiène, notre nourriture, nos soins les plus basiques ? C’est flippant je vous l’accorde. Et sans même penser par empathie à tous ces êtres humains, animaux, flore, nature qui se meurent, si préoccupés que nous serions à assurer notre propre survie, nous nous découvrons subitement impuissants.

Car notre société nous a rendus impuissant. Qu’il était beau le capitalisme à ses débuts, quand la croissance apportait son lot d’objets nous rendant la vie plus facile ! On l’oublie trop vite, mais l’irruption de notre confort moderne est extrêmement récente à l’échelle de l’histoire de l’humanité. Nos grands parents, nos parents même pour certains ont connu l’arrivée de la fée électricité nous apportant la lumière. Avec elle le réfrigérateur permettant de conserver des aliments plus facilement, puis la radio s’est démocratisée, enfin la télévision, sans parler de l’arrivée de l’eau courante qui a relégué à l’âge de pierre la corvée de l’eau… Et l’aspirateur, maintenant devenu automatique, qui nous a épargné des heures de passages de balai. En l’espace d’une poignée de décennies, les êtres humains ayant eu accès à tout cela ont cru vivre une révolution ! Et c’est vrai que ce fut une façon radicalement différente de penser la vie, avec toute cette facilité et tout ce temps gagné… Ceux qui ont vu leur vie changer ont connu une certaine forme de bonheur, ceux qui sont nés dedans s’y sont habitués, et ceux qui, comme vous peut-être, s’aperçoivent que tout cela pourrait disparaître, c’est devenu l’objet de votre malheur.

N’avez-vous jamais ressenti… Un manque ?

Pour fonctionner correctement, le système a besoin de croissance. Pour croître, il doit produire. Et cette production, il faut la faire acheter. C’est pour cette raison que le système a véritablement conditionné l’être humain, au point de le transformer en consommateur. Le marketing et les neurosciences sont à l’oeuvre pour créer un besoin permanent, une frénésie de l’achat. Vous êtes des éternels insatisfaits, même si vous avez dix fois plus de choses que n’auraient pu en rêver vos arrières grands parents. Pourtant, en moi (je ne sais pas si c’est pareil pour vous), je ressens une forme d’appel au large. Une envie de vivre au-delà de toute cette superficialité, dans une simplicité basique, mais vraie, en vivant pleinement ma vie d’être humain, en prenant le temps d’aimer, d’apprendre, de découvrir, de me réjouir.

Depuis que j’ai commencé à travailler, je me suis rapidement imaginé des scénarios complètement loufoques où, du jour au lendemain, nous serions obligés de couper le cordon ombilical avec la société, notre mère nourricière. Énorme catastrophe naturelle, guerre… Que feront les humains ? Comment nous organiserions-nous donc ? Comment je vivrais ? Comment m’occuper de ma famille ? Moi, informaticien de profession, mes compétences seraient complètement inutiles dans un tel univers… Je n’ai jamais rien fait pousser de ma vie, je serais incapable de survivre si on ne m’assiste pas. Là est née l’idée d’un retour à la terre.

Ce besoin de vivre une vie autre, et cette envie de retourner à la terre, il y a plus de 10 ans de cela ont fait germer en moi l’embryon du projet que je porte aujourd’hui. Peut-être que, quelque part, vous avez aussi cher lecteur, des idées semblables. Peut-être vous imaginez-vous vous émerveiller à voir pousser une plante à partir d’une simple graine posée en terre, et vous serez encore plus émerveillé à manger ne serait-ce qu’une pomme de terre bouillie parce que justement, c’est vous qui l’avez faite pousser.

je vois une vie où je passerai mes journées à croiser des gens et à discuter, à donner des coups de mains et à me faire aider, à travailler ensemble pour un bien commun. Mes soirées seraient faites de partages autour d’un feu, avec des amis à refaire le monde. Les gens seraient aimants, disponibles, et la société humaine retrouverait ses lettres de noblesse. Alors qu’aujourd’hui on se toise, on se confronte, on se méfie, on s’évite. Utopique ma vision ? Pas forcément. Car partout il y aura des Nelly Oleson ( ndrl: la petite peste de la petite maison dans la prairie), même après la fin du monde !

Illustration de Bruno Chaplot, de la page Facebook les Collapsonautes.

Je pense que l’effondrement sera un tournant dans les liens sociaux entre être humains, et que la fraternité sera au rendez-vous. Un peu comme ces gilets jaunes qui, se sentant seuls dans leurs ennuis quotidiens, retrouvent une fraternité et une camaraderie avec ceux qu’ils rencontrent. Alors oui, de ce point de vue-là, l’effondrement, je le souhaite. Parce que je pense qu’il nous rendra l’humanité que notre système capitalo-consumériste a enterré sous des tonnes de faux bonheur.

L’effondrement ne serait-il pas la fin d’un cauchemar ?

C’est l’image que je souhaite vous voir retenir. Oui, cette société nous apporte beaucoup de confort. Elle nous apporte également énormément d’inégalité, de misère, de souffrances, de maladies, bref… Selon mon bilan personnel, beaucoup plus de choses négatives que positives.

La majorité des choses positives auxquelles on s’accroche et qui participent au confort de la vie à laquelle on s’accroche sont dues à peu de choses. Notamment… Le pétrole, ou plus généralement les énergies fossiles. Elles sont à elles seules une image de la schizophrénie de notre société, car d’une main elles nous donnent tout ce que nous désirons, et de l’autre elles scient la branche sur laquelle nous sommes assis, tout en nous collant quelques baffes.

Ce pétrole, il va manquer. Il arrivera un moment où nous devrons faire sans. C’est l’énergie qu’il contient qui permet à notre société de déployer autant de puissance dans l’accomplissement de toutes les tâches de notre quotidien. Jean Marc Jancovici nous donne une image très révélatrice. Chaque citoyen occidental, pour son train de vie, consomme l’équivalent que peuvent fournir en énergie quelques 400 esclaves énergétiques ! Voilà à quel point nous sommes dopés au pétrole !

Alors quand nous imaginons le pic, nous nous imaginons une pente extrêmement raide de l’autre côté, qui va nous précipiter vers la chute. Mais là aussi, une très belle illustration nous permet de modifier notre point de vue. Car actuellement, vous voyez peut-être notre croissance associée à l’exploitation du pétrole comme une conquête du sommet. Et par corrélation, le pic et ce qui s’ensuit comme une chute mortelle. C’est l’illustration ci-dessous.

Illustration tirée du livre “Manuel de transition , de la dépendance au pétrole à la résilience local” de Rob Hopkins.

A contrario, nous pourrions tout à fait nous faire une toute autre image de la situation en imaginant que la civilisation a plongé dans le pétrole la tête la première, et en s’enfonçant tout est devenu de plus en plus noir. Pollution, maladies, changement climatique, etc. Puis finalement, nous finirons par remonter, jusqu’à commencer à voir une faible lueur, jusqu’à ce que nous soyons enfin à l’air libre, à prendre une bonne bouffée d’air pur !


Illustration tirée du livre “Manuel de transition , de la dépendance au pétrole à la résilience local” de Rob Hopkins.

Un deuil nécessaire

Parfois, on a tellement de mal à l’idée d’un changement, surtout causé par une perte, qu’on en perd le bon sens. Le cerveau de l’être humain est une énigme encore pour beaucoup. Nous connaissons tous quelqu’un qui a été victime d’une relation destructrice avec un(e) manipulateur(trice), et alors que tout l’entourage est soulagé par une rupture, il a du mal à comprendre pourquoi la victime est dans le deuil et peine à convaincre que c’est une bonne chose. Et même si la victime semble le comprendre intellectuellement, les émotions contraires s’entre-choquent et le processus de deuil prend du temps et est une étape obligatoire.

Dans votre cas, c’est peut-être pareil. Vous êtes triste, limite en dépression, quand bien même vous aurez compris que notre monde est pourri et que le futur serait bien meilleur (après une transition douloureuse, certes). Alors une image vaut bien mieux que mille mots.

Superbe illustration tirée du compte Twitter de Matthieu Van Niel. Alors, vous en êtes où vous ? N’hésitez pas à en parler dans les commentaires ou à faire un tour sur le forum. Vraiment, vaut mieux en parler ! ça fait du bien 😉

Il faut que ce deuil se passe. Alors, vous aurez un esprit libre, un point de vue complètement nouveau. Certainement, vous vous poserez énormément de questions et aurez encore quelques angoisses quant au futur. Mais maintenant que vous savez, que vous l’avez accepté, vous pouvez agir !

Parlez-en !

Comme après n’importe quel événement traumatisant, vous avez besoin de vider votre sac. Mais vous ne pourrez pas le faire avec n’importe qui. Je fais parti d’un groupe Facebook de joyeux lurons appelé la collapso heureuse. Rejoignez-nous ! Car comme il est marqué sur l’entête de se site, l’effondrement, à plusieurs, c’est vâch’ment plus drôle ;). Vous pourrez partager votre expérience, faire connaissance avec des gens ! Et nous sommes désormais de plus en plus nombreux. Presque 10 000 dans ce groupe qui ne comptait “que” 4000 membres quand je l’ai rejoints il y a à peine quelques semaines. Mais avant d’y aller, je vous averti, la bonne humeur est un prérequis !

Et puis comme direz l’autre… Vous inquiétez pas… ça va passer !

4 réactions au sujet de « L’effondrement qui vient: Soyez heureux ! »

  1. Je suis intimement convaincue d’un “effondrement salutaire”.
    Cependant il me semble indispensable se sortir d’un niveau de conscience “egotique’pour S’ouvrir en soi à une Conscience ouverte et aimante :C’est le ‘job’ incontournable.
    ” je ne crois pas que nous puissions corriger quoi que ce soit dans le monde extérieur que nous n’ayons d’abord corrigé en nous ‘
    Etty Hillesum :”une vie bouleversée”

  2. Merci pour cet article trouvé grâce aux « collapsonautes ». Non, tout le monde n’est pas dans le deuil. Je ne pleure pas la fin de notre monde, je l’attends avec une impatience grandissante même si je ne suis pas encore tout à fait prête. A 48 ans, je sais que je n’ai jamais aimé notre monde, du plus loin que je me rappelle ce n’était pas pour moi. Je me suis même dit bien des fois que je n’étais pas née dans la bonne époque. Aujourd’hui j’ai rencontré d’autres « âmes perdues » et nous nous préparons ensemble tout en étant séparés par de grandes distances parfois, pour un futur difficile, mais plus propre. Encore merci.

  3. Mais comment peut-on écrire des âneries pareilles ? Vous croyez vraiment que les gentils solidaires pourront tranquillou faire leur popote ? Où sont les flingues pour vous défendre contre ceux qui pensent autrement dans votre histoire ? Vous croyez que la société s’est structurée comme elle est pour rien ?

    Ce que vous prônez, c’est rien de moins qu’une société à la Mad Max a court terme. Le monde devenu infertile et donc insuffisant crée des tensions monstres. Et rapidement les plus malins capables d’organiser des bribes de société accèdent au pouvoir sur ce qui devient leur clan, ennemi de tous les autres.

    C’est dingue d’avoir une vision aussi courte et de polluer les esprits du monde avec ça.

    1. Que nous n’ayons pas la même idée de comment les choses vont se passer, soit. Mais restez un minimum respectueux de la pensée. Il y aura une transition qui sera dure, et pendant laquelle il y aura de nombreux troubles. Mais la façon dont elle va se passer et si elle requiert de s’armer ou non ne dépend que de l’imaginaire de la personne qui pense le monde avec les données qu’elle a. Je suis non violent et je ne pense pas qu’il faille s’armer, sauf de courage. Oui, il y aura des guerres, oui il y aura des soulèvements. Et moins il y aura d’armes en circulation, et plus nous serons en sécurité.
      S’armer en pensant sa propre sécurité, c’est participer un peu plus à l’insécurité globale. Voilà ma vision.

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