Le débat: Heureux ou angoissé par l’effondrement ?

Le débat: Heureux ou angoissé par l’effondrement ?

L’arrivée de la notion d’effondrement dans la vie d’une personne produit différents effets. Personnellement, et pour les raisons que je vais développer, elle a plutôt provoqué un sentiment de soulagement. Jusqu’à présent, nous vivions l’effondrement en couple. Et récemment, j’ai été me confronter aux visions d’autres personnes en rejoignant un groupe parlant d’effondrement. Deux réactions à l’effondrement, à l’extrême opposées l’une de l’autre (et tout un tas de nuances aussi) se côtoient, et parfois même s’affrontent.

Devant un sujet aussi important que l’effondrement de notre civilisation, les réactions peuvent-elles être aussi clivantes ? C’est la question que je me suis posée. Et la réponse ne s’obtient qu’en se posant la bonne question: qu’elle est ta vision de l’effondrement ? Cette seule réponse nous dira si la personne sera angoissée ou heureuse face à sa notion de l’effondrement. En réalité, il ne s’agit pas d’opposer une vision positive à une vision négative de l’effondrement, mais bel et bien de définir ce qu’est l’effondrement: une situation catastrophique assimilable à une fin du monde passant par le feu de l’enfer ? Ou une fin de civilisation capitaliste et thermo-industrielle qui broyait les hommes et leur écosystème ?

Avec ce sujet comme tous les autres, on trouvera toujours un moyen de se taper sur la tronche…

C’est quoi l’effondrement ?

J’ai pu lire de nombreux commentaires de personnes angoissées, accusant les tenant de la collapsologie heureuse de souhaiter le malheur de l’humanité… Sans contester que certaines personnes aigries par le voyage raté de notre civilisation sur cette terre souhaiteraient la fin pure et simple de l’humanité, celles et ceux qui sont heureux de l’effondrement n’ont tout simplement pas la même lecture de cette fin des temps qui s’annonce. On pourrait aller jusqu’à dire qu’ils ne parlent même pas de la même chose. Une fois que ceci est acté, la discussion doit reprendre sur une autre base.

La vision que nous avons de l’effondrement est également intimement liée à la vision que nous avons de notre monde actuel. Et de cette vision du monde va découler la vision que vous aurez de l’effondrement. Vous suivez ?

Je vais prendre deux cas extrêmes et très caricaturaux pour tenter de bien mettre en perspective cette explication. Je tiens à préciser en cet instant qu’à aucun moment on ne peut émettre de jugement de valeur sur des personnes qui seraient dans une situation ou dans une autre. Je parle ici d’observation seulement.

Cas N°1: Gisèle a 70 et vit une retraite simple. Elle a pris conscience de l’écologie dans les premiers mouvements des années 70 après avoir lu “les limites de la croissance”. Depuis, elle a dédié sa vie à lutter contre le gaspillage, et contre les effets néfastes du capitalisme. Dans sa vie personnelle elle chine, elle achète beaucoup de choses d’occasions, elle entretient un petit potager dans son pavillon de banlieue, et donne de son temps pour des associations caritatives. Elle vie sobrement Gisèle. Elle n’a jamais eu de voiture. Elle ne comprend pas la frénésie pour tous ces gadgets électroniques. Le monde va trop vite pour elle, et elle ne cesse de se répéter qu’elle aurait dû mieux éduquer sa fille aux véritables valeurs de la vie, qui est en dépression depuis 2 ans suite à un sérieux surmenage. Un jour, sa fille Patricia lui parle d’effondrement. Que tout va s’arrêter, elle l’a vu à la TV. Gisèle se dit qu’enfin, peut-être, ce monde qui marche sur la tête va enfin pouvoir continuer à avancer sur ses pieds, si du moins on arrive à réparer les dégâts causés par le monde actuel. Alors qu’il vienne cet effondrement ! Qu’on soit débarrassé une fois pour toute de cette frénésie, horrible faucheuse de nature et d’hommes.

Le mode de vie américain n’a pas vraiment évolué depuis les années 50. Il est basé sur la possession et l’abondance matérielle. Il a été poussé en tant que modèle pour que les humains puissent comparer leur niveau de réussite.

Cas N°2: Patricia est la fille de Gisèle. Un peu à part à l’école à cause de son éducation, elle a voulu intégrer le rang. Elle croque la vie par les deux bouts, et sort avec ses amies quand elle peut. Elle rêve de voyager et de se trouver un mari. Alors elle fait des études. La vie est difficile et les voyages coûtent chers. Après quelques années d’insatisfaction face à toutes ses amies qui ont maintenant une vie confortable, elle décide de reprendre ses études dans une école de commerce. Elle et son mari ont un bon train de vie désormais. Rien ne leur est inaccessible, malgré un endettement non négligeable. Ils ont la maison qu’ils souhaitaient, leurs deux enfants font de l’équitation, ils partent en voyage deux fois par ans, et leurs enfants attendent avec impatience la fin de l’année pour cocher tout ce qu’ils peuvent dans les catalogues de jouets. Au travail cependant, ça ne va pas trop. La pression augmente au fur et à mesure des plans de redressement et des baisses d’effectifs, et l’entreprise qui l’emploie lui ajoute la charge d’autres personnes désormais au chômage. Elle le sait Patricia. Soit elle est performante, soit elle fera partie de la prochaine charrette. Alors elle se bat. Elle se bat pour son avenir, contre sa santé. Elle se bat pour sa famille, mais sa famille s’éloigne. Ses enfants ne la voient plus beaucoup, ou elle est trop fatiguée pour répondre à leurs attentes. Son couple, aussi, ne répond plus. Alors Patricia craque. Elle est sous antidépresseurs. Un jour, en regardant la TV pendant ses longues journées d’arrêt maladie, elle tombe sur une Interview de Pablo Servigne. Alors elle se renseigne un peu et découvre que tout ce qui fait son bonheur et son confort pourrait lui être retiré du jour au lendemain ! Elle imagine ne plus pouvoir prendre la voiture pour aller faire des courses au supermarché, supermarché vide de tout contenu de toute façon… Elle flippe Patricia. Elle pense qu’on va venir lui piller tout ce qui a de la valeur chez elle, et que tous ceux qui vivent dans les quartiers pauvres vont s’acharner sur elle et sa famille. Elle aimerait fuir, se créer une vie ailleurs. Mais elle préfère que l’effondrement n’arrive pas. Elle aime trop sa vie. Quand elle en a parlé à sa maman, elle n’a pas compris sa réaction. Mais maman tu te rends compte ? On va tout perdre ! Comment peux-tu être heureuse face à toute la misère qui arrive ?

Il n’y a pas de réponse scientifique à la question de définir ce qu’est l’effondrement de notre civilisation. Tout dépend de ce qu’on y met dedans, et de quelles seront les caractéristiques de l’effondrement, et à quel moment pourra-t-on dire que l’effondrement est passé ? C’est donc un sujet duquel nous ne pouvons que débattre avant d’avoir une position commune au sein d’un même groupe qui restera, de fait, très discutable.

Vision personnelle de l’effondrement

Je ne résiste pas cependant à l’envie de vous donner une partie de mon idée de ce qu’est l’effondrement. Cette idée qui est claire dans mon esprit à l’instant T mais qui pourrait tout à fait évoluer avec l’intégration de nouvelles données et informations.

Quel est l’élément qui mettra fin à notre civilisation ? L’explosion d’une énorme bulle spéculative faisant passer la crise des Subprime pour un pet de moustique ? La décroissance obligatoire par l’atteinte du pic de production de la plupart des minerais et énergie dans les 50 ans à venir ? Une pandémie mondiale ? la chute d’un astéroïde géant ? La nature qui se mettrait à se déchaîner à un point tel que toute adaptation de la société serait superflue ? Une guerre mondiale sans fin pour l’appropriation des ressources ?

L’effondrement, souvent assimilé à une descente aux enfers, au retour à l’âge de pierre, où les êtres humains qui se battaient pour une promo sur un téléviseur 4K l durant le black friday, devront se battre pour une pomme de terre la semaine qui suit ? Je vous l’annonce tout de suite, je ne partage pas cette vision.

Premièrement parce que des catastrophes d’ampleur, si elles amènent leur lot de problèmes sur le moment, et leur lot de traumatismes sur une longue période, sont aussi un moment important pour comprendre de quoi est vraiment fait l’être humain. Je ne saurait que trop vous conseiller le livre “l’entraide, l’autre loi de la jungle”, qui détaille comment les hommes savent s’organiser à défaut de la présence d’une autorité morale détenant les moyens de circoncision permettant de faire respecter la loi.

Ensuite parce que l’effondrement, s’il sera certainement vécu de notre vivant, ne sera soudain que de façon relative. Ce seront les historiens qui diront, dans plusieurs siècles, que notre civilisation s’est effondrée en l’espace de quelques décennies ce qui, de leur point de vue, est très rapide. Mais nous, pauvre petite grenouille dans le bol d’eau, nous sentons agréablement la température de l’eau augmenter…

Il se peut très bien que l’effondrement soit le fait d’une accumulation de différentes crises symptomatiques, qui vont se rapprocher dans le temps et s’accroître en intensité jusqu’à un point de non retour.

Je pense que les êtres humains continueront de s’appauvrir quand le système continuera de s’enrichir pour sa propre survie. Si la fin du pétrole ou de n’importe quelle autre ressource dont nous dépendons, ou si la nature n’achève pas le système avant, ce sera peut être le trop plein d’inégalité qui donnera son coup de grâce au système.

Car imaginez un instant que la crise dite des “gilets jaunes” s’éparpille à travers le monde, et gagne en intensité, une victoire dans un coin du monde remontant le moral des troupes ailleurs, provoque de graves crises politiques et finissent par faire tomber les différents gouvernements ? Qu’avec la fin des très riches, s’ils n’arrivent pas avant à reprendre le pouvoir par le moyen de la corruption, la caste médiatique tombe aussi, redonnant aux médias toutes leurs lettres de noblesse en informant le peuple, et que celui-ci décide de se reprendre en main ? Et s’il reprenait le pouvoir de création monétaire, faisait cesser les gabegies industrielles, les échanges mondiaux incessants qui n’ont pour but que d’importer des bien et répandre la misère. Ce serait utopique, certes, mais ce serait tout de même un effondrement de l’ancien système.

Rome ne s’est pas faite en un jour, l’effondrement non plus. Nous avons le temps de nous y préparer, si ceux qui en sont conscients s’y mettent tout de suite. Car nous ne pourrons pas l’éviter.

L’effondrement, la fin de tout ?

Heureusement que non. Quelques visions assez négatives opposent aux optimistes que rien que la fin des soins signifiera le retour de certaines maladies, l’impossibilité de soin des moindres infections entraînant une chute drastique de l’espérance de vie.


Ce sera également la fin de la technologie, de l’informatique, des réseaux de communication, des voyages, et de tout ce qui fait notre confort et qui compose notre culture.

Je n’adhère pas à cette vision. Nos acquis restent. Je ne nie pas que la période de transition entre la fin d’un ancien monde et la création d’un nouveau sera fait de beaucoup de crises et de flottement. Que les états pourraient faire défaut, et que les plus fragiles, comme les pauvres ou nos personnes âgées seraient à la merci du bon vouloir de la solidarité générale.

Une industrialisation est possible, de façon bien plus sobre. Lorsque cessera la surconsommation de masse, la valeur de choses aujourd’hui considérées comme insignifiantes augmentera significativement.

Avec la fin brutale de l’URSS, et la persistance du bloc US, Cuba a connu une période dure et soudaine pendant laquelle quasiment plus rien n’entrait ou sortait du pays. Fini le pétrole, coupures d’électricité jusqu’à 16h par jour, plus d’engrais, plus d’essence pour les tracteurs… Oui, les cubains ont perdu en moyenne 20kg par habitant en 4 ans. Ils ont connu une quasi-famine. Mais regardez aujourd’hui. Un pays où la permaculture est devenuela norme, et où les habitants sont en étonnante bonne santé, et dont le système de soin est cité en exemple…

Alors, Heureux ?

Moi ? oui ! Je l’attends de pieds fermes cet effondrement. Avant de me crier dessus, je tiens à vous dire que je me reconnais beaucoup en cette chère Gisèle. Depuis que j’ai ouvert les yeux sur notre modèle de croissance consumériste, je ne peux m’empêcher de penser à tous ces êtres humains exploités qui fabriquent nos vêtements à chaque fois que je passe dans un centre commercial, à ses paysans malheureux qui pourtant nous nourrissent, à ces exploitations animales de masse qui produisent le bœuf, poulet ou porc d’élevage dans des conditions indignes. Je ne peux m’empêcher non plus de penser à toutes ces forêts primaires rasées pour des meubles de piètre qualité qui iront à la poubelle dans 10 ans, ou pour des pots de pâte à tartiner qui mettent à mal notre santé. A ces tonnes de plastique qui polluent nos océans, se retrouvent dans les profondeurs des océans, dans l’air sous forme de micro particules ou dans nos assiettes car présentes dans toute la chaîne alimentaire désormais. Vouloir la continuité de ce système, ne pas souhaiter son effondrement, de mon point de vue c’est souhaiter également tous les malheurs qui lui sont associés.

Quand l’effondrement sera passé, toutes ces petites mains arrachées de leur campagnes où elles vivaient chichement mais largement mieux s’en retourneront sur leurs terres. Comme à Cuba, ceux qui nous donnent notre nourriture seront bien mieux considérés par la société. Nous vivrons plus simplement, plus sobrement. Le retour à une décroissance forcée sera une peine pour beaucoup, mais ceux qui le choisissent aujourd’hui ne sont pas moins heureux que les autres, bien au contraire. Oui, nous allons souffrir. Ce que nous appellerons les douleurs de l’accouchement.

3 réactions au sujet de « Le débat: Heureux ou angoissé par l’effondrement ? »

  1. bonjour, je suis trés angoissée par cet effondrement car il y a une chose dont vous n’avez pas parlé.. s’il n’y a plus d’électricité, les centrales nucléaires vont péter et nous sommes tous morts, nous en avons tant en france …

    1. Bonjour à vous. Alors non je n’en ai pas parlé. Pour plusieurs raisons. Premièrement parce que parler de toutes les conséquences négatives prendrait beaucoup de temps, et surtout ça demande de la documentation, et que ce n’était pas le sujet.

      Concernant les centrales nucléaires c’est inquiétant, mais… Ce n’est pas le problème le plus grave (loin de moi l’idée de vouloir vous angoisser encore plus). Je pense d’ailleurs que ça devrait faire l’objet d’un sujet à part entière.

      Bon une centrale ça ne pète pas comme ça. En cas de black-out généralisé, une centrale nucléaire a des moyens en propre pour continuer à assurer son refroidissement. Pablo Servigne en a parlé, en disant qu’il ne savait pas combien de temps on allait pouvoir alimenter la centrale en gazoil en cas de coupure de l’approvisionnement du pays en pétrole. J’ai fouillé, et voici la réponse que je lui ai envoyé.

      “Bonjour M. Servigne. Je voulais juste répondre à une question que vous avez posé à de multiples reprises concernant l’approvisionnement en carburant pour les centrales nucléaire en cas de crise majeure.

      Un Diesel Ultime de secours est en cours de construction pour chaque réacteur, disposant de 2 réservoirs de 60 000 litres chacun. ça permet de faire tourner les équipements de sécurité de la centrale pendant 15 jours.

      En cas de crise majeure, les équipes de l’armée de l’air peuvent déployer des réservoirs souple dont la contenance peut aller jusqu’à 300m3

      Je manque par contre de données plus intéressantes, comme par exemple savoir combien de réservoirs peuvent être déployés et si une crise majeure de coupure globale est envisagée en tant que scénario. Mais j’ai fait un bête calcul, en prenant en compte un besoin pour 6 mois de refroidissement (j’attends confirmation) ça donne 85 millions de litres de diesel à provisionner, soit quelque 114 000 rotation de camions citernes pour toute la France. Les chiffres sont énormes, mais ça me parait faisable si les pires paramètres sont pris en compte. Les réserves stratégiques en pétrole de la France suffisent normalement largement à ce genre de scénario en tout cas.”

      Une fois les centrales refroidies, si vraiment nous sommes sur un effondrement total, il sera impossible de les démanteler. Le moins pire des moyens sera de couler les réacteurs dans du béton sur place, et d’enfouir la centrale. elle ne représentera un danger que très localement, mais pour des millénaires.

      Devant le danger que peu représenter l’acidification de l’océan, boosté par la libération de tout le méthane contenu dans le permafrost, on risque de perdre la principale source d’absorption du CO² et de production d’oxygène… Là c’est plus grave. C’est la transformation de la composition de l’atmosphère qui a provoqué la disparition des dinosaures… Faut pas l’oublier. Mais bon. C’est le pire des scénarios dans lequel seul l’imaginaire trouve sa place, car il est extrêmement délicat de faire des prévisions.

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