Le contrôle démographique comme solution ?

Le contrôle démographique comme solution ?

On entend parler ici ou là de personnes qui prônent une baisse de la population de façon choisie, dans le but de limiter l’impact de l’être humain sur la nature. Le but peut être autre, comme pour ceux qui décident de ne pas faire d’enfants dans le but de ne pas les faire vivre dans un monde en crise. Ce sont les deux raisons principales que j’ai relevé, et les deux me font poser beaucoup de questions. La première pour des raisons de réflexion sur l’impact de l’homme sur la terre et l’autre pour des raisons plus philosophiques.

En considérant le poids écrasant du fonctionnement de la société humaine, un population élevée peut certes s’avérer un élément aggravant, mais dans quelles proportions ? Pour exprimer mon argumentaire, j’ai besoin de faire une longue tirade (que j’ai volontairement limité tant le sujet est important) sur mon appréciation de ce poids, qui, je l’espère, vous fera relativiser le facteur nombre.

L’empreinte de l’homme sur la terre

Est-il encore besoin de rappeler l’ensemble des dégâts causés par l’humanité depuis la fin du moyen-âge et jusqu’à maintenant ? Oui, je pense qu’il faut remonter aussi loin. Et je pense que j’en ferai un article dédié. Mais dès l’apparition dans les grandes villes des premières manufactures, les paysages et la géographie de la répartition sociale des habitants s’adaptèrent déjà au rejet des grandes cheminées, ou des rejets des boues d’une industrie naissante. Forcément, les plus aisés s’éloignent des sources de pollution tandis que plus pauvres s’en rapprochent, par manque de moyens, et pour se rapprocher des lieux d’exploitation humaines. Aujourd’hui, nous qui vivons dans un pays relativement désindustrialisé, nous pourrions penser que les plus pauvres d’entre nous sont épargnés de cette pollution. A force de nous Greenwasher le cerveau et de nous vendre de la haute technologie “propre”, nous pourrions oublier que la plupart de nos activités polluent. Si c’est “relativement” vrai en France, et que nous ne voyons plus de nuages de pollution et de fumées crasseuses envahir nos maisons comme ce fut le cas au XIXe siècle et jusqu’au milieu du 20e en France, c’est tout simplement que nous avons exporté toute cette misère à l’autre bout du monde.

Jeune enfant congolais travaillant dans les mines de Cobalt (source)

Ce qui est devenu peu cher à produire l’est donc par des pauvres d’ailleurs, qui travaillent pour des usines qui n’ont aucun sens moral, ni vis à vis des humains qu’ils exploitent, ni pour ce qui est de la nature qui les entoure. Cela peut nous paraître assez éloigné, mais puisque notre société capitaliste se base sur l’offre et non la demande, c’est le prix bas qui l’emporte, et ce prix bas implique des sacrifices. De ces sacrifices, nous n’en voyons que les dégâts qu’ils produisent chez nous, avec le chantage au chômage des employés à bas salaire mis en permanence sous pression, et de ceux dont l’emploi a été délocalisé. Mais de l’autre côté du mûr, ceux que nous envions à cause du travail qu’ils nous ont pris, doivent composer avec des entreprises et des pays qui, main dans la main, produisent sans aucune considération pour rien d’autre que le profit. A notre malheur à nous, rajoutons celui du malheur des exploités d’ailleurs, mais aussi l’immense industrie du transport aérien-routier-maritime nécessaire à transporter ressources premières, matériaux transformés et produits finis d’un bout à l’autre du monde. Une simple bouteille de ketchup dont la tomate provient de Chine, passe plusieurs frontières pour perdre les différents contrôles douaniers, arrive aux USA pour sa production, revient en Europe pour être mis en bouteille, bouteille fabriquée en Italie dont le plastique provient de Chine alors que le pétrole du plastique provient du Moyen-Orient… Faites le calcul, la totalité des composants de votre bouteille de Ketchup a fait plus d’une fois le tour de la planète. Et c’est valable pour à peu près tous les produits, y compris quand vous pensez acheter local. Des haricots verts récoltés en Bretagne, et dont l’emballage de la boîte vous le vend comme un argument massue, peut avoir traversé toute l’Europe en camion d’ouest en est aller-retour, juste pour qu’ils soient équeutés par des petites mains polonaises, moins chères que la main d’oeuvre française.

Extraire toute cette énergie solaire de nos sous-sols sous forme de carbone, stockés depuis des millions d’années ont un impact énorme sur l’équilibre de l’atmosphère; aller puiser dans la terre à grand renfort de déforestation les minéraux dont nous avons besoin pour construire toutes les machines, les moyens de transport, et nos objets de consommation; déforester toujours plus pour remplacer des forêts primaires pour produire des denrées alimentaires pour des produits nocifs pour la santé, pour les animaux (élevage et leur nourriture), ou encore les agrocarburants. Chaque année, ce sont 13 millions d’hectares net qui disparaissent. Soit le quart de la taille de la France. En 10 ans seulement, c’est donc l’équivalent en forêt de la surface de 2,5 fois la France qui ont disparus. J’ai 35 ans ans, donc depuis ma naissance… J’ai pas envie de calculer en fait. Sachant que les forêts abritent 80 % de la biodiversité terrestre, vous comprendrez aisément les dégâts que cela peut occasionner non seulement à notre planète, mais aussi à nous.

Superbe exemple positif avec la réintroduction de seulement 14 loups sur un parc immense ! Imaginez maintenant les dégâts engendrés par la perte de plus de 25 000 espèces par année…

Bon aller j’arrête là cette tirade très négative… Veuillez vous éloigner du rebord de la fenêtre et la refermer. Il fait froid bon sang ! Vous allez remonter le chauffage, ça va faire du Co² en plus, et… Non revenez, j’déconne ! …ou pas…

Réduire le nombre d’humains de façon volontaire

On parle bien ici de contrôler et de réduire le nombre de naissances, et non pas de créer un génocide afin de limiter la population ! Si j’ai voulu le précédent paragraphe si insistant sur les dégâts que notre espèce inflige à notre planète, c’est pour dire qu’à nous tous, nous détruisons la planète tellement rapidement que l’effondrement est déjà là. Si notre avenir n’est pas rose, les destructions déjà engendrées ont des répercutions sur des dizaines de milliers d’années. La planète et son biotope retrouveront leur équilibre, mais pour les humains que nous sommes, à notre échelle, c’est mort (pardonnez-moi l’expression). Et l’effondrement qui se produit déjà, voit quelques effets pas super se produire sous nos yeux. Si nous nous attardons à quelques effets “impressionnants” comme des canicules pouvant faire mourir toute vie animale à l’échelle d’une région d’un pays, ou une vague de froid telle que les messieurs ne pourront même plus écrire leur prénom dans la neige sans risque de retrouver une sculpture sur glace du plus mauvais effet… S’il la trouve ( quoi ? Comment ça allume la TV ? J’en ai pas.). Donc si nous nous attardons à des effets catastrophistes, nous les vivrons bien de notre vivant.

Illustration de Bruno Chaplot de la page LesCollapsonautes

Première raison illogique au contrôle des naissances donc, c’est que l’effet positif induit par la baisse d’une population basée sur la réduction de la natalité n’apportera AUCUN effet positif sur les dégâts déjà occasionnés. Tout au plus limiterons-nous les dégât pour ce qui resterait encore à détruire. Autre argument, et c’est la raison pour laquelle le précédent chapitre fut si long, c’est que bien que le nombre d’humains soit un facteur aggravant, c’est bien le système d’hyper-consommation mondialisé dans lequel il vit qui est la cause de la destruction de son environnement.

Car un système de bon sens – Je veux dire un système dans lequel on n’utiliserait pas une voiture d’une tonne pour aller chercher du pain à 400 mètres de la maison – pourrait supporter bien plus d’humains que les 7 milliards que nous représentons avec un impact bien moindre sur notre environnement. Si la première partie de mon article n’était que le récit ostentatoirement catastrophiste d’un mauvais roman de fin du monde, et que l’humain était plus écoLOGIQUE, alors la question ne se poserait peut-être même pas, ou alors un vague sursaut pour éviter un effondrement dans quelques siècles ?

Il y a assez de nourriture pour tous

Si vous défendez la thèse inverse, je vous vois venir de loin. Entre le nombre de tonnes d’aliments dédiés à l’élevage, les tonnes de produits malsains qui n’ont que des effets négatifs sur votre santé, et le gaspillage alimentaire, on pourrait économiser la moitié des terres arables de la planète ! Rien qu’en France, près de 500 000 ha de terrain sont cultivés pour la seule betterave à sucre.


En France, selon nos habitudes de consommation actuelles, la nourriture produite pour chaque français nécessite 5.1 ha. C’est énorme. Si toute notre nourriture poussait sur notre territoire, cela demanderait la moitié de l’ensemble de la surface du pays attribuée à la seule agriculture. Agriculture dite “conventionnelle” dont le modèle n’est pas tenable à cause de l’érosion des sols. Or, en utilisant des principes d’agroécologie et de permaculture, y compris en comptant les surfaces importantes dédiées aux céréales, le besoin en espace pour nourrir une seule personne pourrait être réduite à 1000 m², soit 50 fois moins de surface, tout en régénérant la terre en matériaux organiques, et en enrichissant la faune et la flore.

On ne peut pas maintenir notre système

On ne peut pas, et quand on sait, on ne VEUT pas. Sans vouloir caricaturer tous les tenants de la limitation de la population, la lecture de leur discours met souvent en avant une chose. Leur volonté de se maintenir dans une certaine forme de confort leur permettant de vivre leur vie telle qu’ils la connaissent; et sachant l’impact, en limiter le nombre de personnes. En prenant en compte toutes les raisons mentionnées précédemment, ça n’a plus vraiment de sens. Face à l’importance des catastrophes l’immobilisme est de mise, le déni aussi, et parfois certaines solutions peuvent apparaître réconfortantes alors qu’elles n’offrent dans les faits aucune solution.

Illustration de Bruno Chaplot de la page LesCollapsonautes

La seule chose à remettre en cause est notre organisation. Il faut remettre à plat notre façon de vivre. On peut facilement vivre confortablement, mais d’un confort qui n’est pas fait de destruction de l’environnement et bâti sur l’exploitation humaine de millions d’esclaves à travers le monde. Nous sommes trop bien lotis en France pour nous rendre compte qu’une personne vivant d’un Smic a infiniment plus de richesses (matérielles) et de facilités que 93% du reste de la population mondiale ! Difficile à croire ? Et pourtant. En moyenne, en France (et en occident), une personne consomme l’équivalent en énergie de 400 esclaves qui pédaleraient dans la cave. C’est dire à quel point, malgré nos taxes, l’exergie que nous tirons de toutes les sources énergétiques, particulièrement le triptyque pétrole/gaz/charbon, sont peu chères.

Comment vous faire une image pour que vous vous en rendiez compte ? Je n’arrive pas à trouver une image suffisamment puissante pour mettre en comparaison le prix dérisoire des carburants d’origine fossile et les dégâts qu’ils occasionnent.

Question philosophie

Penser au malheur que nous pourrions épargner aux enfants que nous n’aurons pas est une chose, mais penser au bonheur des enfants qui sont déjà là et qui vont vivre des temps… Compliqués disons, est un sujet qui éclipse l’autre par son urgence, son importance, sa priorité. Il ne peut pas être question de ne pas faire d’enfants alors que nous devons dépenser toute notre énergie à essayer de sauver tout ce qui peut l’être pour éviter trop d’écueils à cette jeune génération que nous condamnons par notre inaction.

Une autre chose me travaille également. Quel que soit la situation d’inconfort dans laquelle un être humain peut vivre, l’histoire nous démontre que les plus beaux moments de vie sont à trouver dans les plus grandes catastrophes. Les moments d’effondrement que les gens vivent lors de cataclysmes, de guerre ou tout autre événement démoralisant comme un concert de Françis Lalanne, provoquent toujours un sursaut de la vie. Car la vie, face à la mort, devant toute sa fragilité… Plus elle nous apparaît comme éphémère plus elle est vécue intensément. Le futile laisse la place au vrai, et les relations humaines les plus puissantes se tissent du fil incassable qu’est le véritable amour. Il se peut donc que nous laissions à nos enfants un monde mourant, un monde qui leur serait hostile, plein d’incertitude. Mais une vie, même précaire, ne vaut-t-elle pas la peine d’être vécue ?

Et si nos enfants font des dégâts ?

C’est aussi une des raisons invoquée. Ne pas savoir si nos enfants seront des écologistes engagés à la préservation de leur environnement ou des égocentriques égoïstes et hyper-consommateurs et destructeurs est une question qui revient fréquemment. Encore une fois, je répondrais certainement à côté.

Car si nous n’arrivons pas dès maintenant, et très rapidement, à mettre en place un système d’organisation humaine capable d’arrêter la destruction à grande échelle, réduire les inégalités sociales, l’exploitation humaine et le pouvoir de l’argent qui dicte cette soif de possession sans fin, alors nos enfants ne seront ni meilleurs ni pires que nous. Mais ils ne pourront pas mieux faire que le système que nous allons leur léguer. Soit nous leur offrons un monde dans lequel les règles du jeu on changées, soit nous ne faisons rien. Avec la première hypothèse, ils ne seront pas conditionnés comme des consommateurs dès le plus jeune âge. Ils vivront donc en conséquence. Et dans la seconde, ils feront comme nous: certains auront une conscience ouverte à leur environnement et d’autres non. Et la destruction continuera tant qu’il restera quelque chose à détruire.

Elle est née dans un monde prévu pour être parfait pour elle; mais détruit par ceux qui l’ont précédée, sans ce soucier d’elle, sans même s’en rendre compte. Qu’allons-nous lui laisser ?

Conclusion

En conclusion, il n’est pas question de nos enfants, de leur existence ou non. Il est question de nous, vivant aujourd’hui, et sur les choix que nous faisons maintenant. Parce que si l’avenir appartient à nos enfants, le monde que nous leur laisserons ne dépend que de nous.

PS: J’ai écris cet article avec une forme de sentiment d’urgence face à certaines choses que je lis à droite à gauche. J’ai pensé à beaucoup d’autres arguments qui m’ont échappé en cours d’écriture. De toute façon ce sujet est loin d’être fermé, et n’hésitez pas à commenter, tant que vous restez respectueux des opinions de chacun. Dans l’amour et le respect. Bien cordialement, Bruno.

5 réactions au sujet de « Le contrôle démographique comme solution ? »

  1. J’aime bien tes articles, pondérés et réfléchis et pas hystériques.
    J’ai 2 enfants, 2 garçons, 33 et 20 ans.
    Le premier, écolo dans l’âme, tente de se rapprocher de l’autosuffisance et de faire un enfant avec sa copine.
    Le second, pas écolo pour 2 euros, vivant en plein dans son époque et son monde consuméristes, pense qu’il est irresponsable de faire des enfants dans le monde d’aujourd’hui.
    C’est étrange n’est ce pas…
    Nous avons parlé ensemble de l’effondrement. Le grand y est préparé depuis longtemps, le petit l’a accepté (un résilient né, comme maman chérie…).
    Bonne journée

  2. Bravo Bruno pour ce superbe article. J’ai eu la chance de pouvoir en découvrir une bonne partie auparavant donc je ne refais pas le coup des quelques divergences que nous pouvons avoir. J’aime beaucoup la dernière partie ainsi que la conclusion s’inscrivant tout à fait dans ta personnalité feel-good écolo en opposition avec le malthusianisme. Oui tu as raison sur la fin de ton propos et notre devoir de transmetteur auprès de nos enfants… À ce sujet, il y a malheureusement beaucoup à dire au niveau des programmes de l’éducation nationale ainsi que dans les principes touchant aux ” communs “. Quand on pense que le programme de primaire se cantonne encore au développement durable avec ses immondices de petites icônes type applis complètement avilissants et réussissant le prodige de se contredire eux-mêmes tous les trois icônes. J’espère qu’un jour tu seras un article là-dessus. Peut-être qu’à ce sujet pourrais-tu prendre contact avec Valérie Masson Delmotte qui est la rapporteuse française du GIEC et qui est pressentie comme étant future directrice à venir de celui-ci. Elle est outrée par le peu de cas qui est fait à l’écologie et plus particulièrement au climat dans les programmes scolaires et a monté une pétition.
    Amicalement

  3. Article synthétique…j’aime bien, J’aurais bien rajouter quelques arguments en préambule comme quoi même si l’humanité entreprenait une limitation drastique des naissances dès maintenant, cela ne ferait pas baisser le nombre d’êtres humains sur terre de façon assez rapide pour parer aux problèmes rencontrés aujourd’hui et ça renforcerait les arguments sur comment nourrir au mieux les humains déjà là…
    Tu n’as pas aborder non plus un argument ‘phare’ des militants de la decroissance nataliste… Un enfant ‘européen’, comme ses parents ‘consomment’ plus que les enfants du Tiers-Monde (je n’aime pas ce terme mais bon, tout le monde comprend)…sujet sensible je l’admet… 😉

  4. Le film Lion amène une fin interessante
    On y apprends que parents Australiens
    – choisissent de ne pas procréer car on est déjà bien assez sûr terre
    – et qu’il y a déjà plein d’enfants malheureux dans le monde
    – par conséquent ils ont choisi d’adopter

    Si j’en crois Yves Cochet ou le cercle de Rome, il y aura certainement et malheureusement une baisse de la population humaine

    1. Choisir de ne pas faire plus d’enfants pour en adopter est un choix qu’on se pose personnellement. Mais en France y’a de l’attente car des personnes sont largement prioritaire. Mais il s’agit ici d’aborder le sujet du contrôle démographique pour cause de destruction de l’écosystème.

      Et oui malheureusement la population baissera certainement.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.