Comment se préparer à l’effondrement ?

Comment se préparer à l’effondrement ?

Une fois acquise la certitude que le monde de demain sera très différent de celui d’aujourd’hui, une question nous taraude tous. Et maintenant, qu’est-ce qu’on fait ? C’est une des questions les plus complexes mais aussi les plus motivantes de la collapsologie. Complexe car nos décisions, nos choix, dépendent de la façon dont nous avons compris l’effondrement ! Car personne n’en aura la même vision.

Si vous n’avez aucune idée de ce qu’est l’effondrement, avant de lire ceci, faites un tour là: Pourquoi tout part en cacahuète ?

Certains pensent que l’homme se montrera profondément égoïste au moment où il sera surprit par des événements soudains. C’est alors qu’il cherchera, par tous les moyens un moyen de subsistance pour lui et ses proches. Ce sera alors la loi du plus fort, du plus malin et surtout, chacun pour sa peau. C’est plus ou moins la vision du survivaliste. Son plan sera de se préparer un pied à terre à l’abri de tous avec des moyens de survie. Il considérera par défaut tout étranger comme une menace potentielle à sa survie et tentera de s’en protéger.

Extrait du film “la route”. Un père et son fils, du danger, des armes, du bric à brac. Vision caricaturée de notre culture cinématographique au survivalisme.

D’autres, au contraire, pensent que les êtres humains, devant l’épreuve, se serreront les coudes, s’auto-organiseront en communautés. Devant l’effondrement ils réaliseront l’ampleur de la tâche à accomplir et, une fois passés une première crise dans laquelle l’urgence sera de trouver comment répondre aux besoins les plus vitaux, la vie reprendra son cours avec un chemin différent de celui que nous connaissons aujourd’hui.

D’autres encore imaginent que nos politiques s’adapteront, tels les gouvernements de crise en mode économie de guerre que nos arrières grands-parents ont connu pendant la seconde guerre mondiale. Des grands plans de réorientation économique, stratégique, industriel, mise en place de rationnement, etc.

Ces visions du futur sont toutes différentes les unes des autres, et elles répondent premièrement à notre ressenti, qui lui-même dépend – et alimente, notre imaginaire. Il y a encore bien d’autres visions, et bien malin celui qui arrivera à prédire ce qu’il va se passer. Car c’est intimement lié à la façon dont notre civilisation va s’effondrer.

Sera-ce une crise majeure qui va entraîner, par boule de neige, un effondrement systémique qui conduira à un arrêt de notre économie, nos institutions, notre approvisionnement en carburant et nourriture en seulement quelques mois ou semaines ? Ou sera-ce une succession de crises qui vont entraîner un profond changement de société qui ne sera visible que sur une décennie ou plus ? Ou un mixe des deux ? Personnellement je n’ai pas de réponse, seulement des intuitions. D’où la complexité de la chose.

Une transition motivante

Même si nous ne savons pas comment, ni quand, nous savons à peu-près pourquoi. Donc nous avons une certitude ancrée en nous qui nous dit de nous préparer. Mais nous préparer à quoi ? Nous savons par exemple que nos sociétés sont très fortement shootées aux énergies fossiles et carbonées comme le gaz, le pétrole, le charbon… Mais aussi à la technologie, elle-même dépendante de l’énergie. Sans devoir dire que nous devrons tirer un trait sur l’ensemble de ces choses, il est certain que notre mode de vie tel que nous le connaissons ne pourra survivre à la fin de ces énergies bon marché.

J’ai tendance à me croire pragmatique, et la meilleure des réponses que j’ai trouvé à la question de: “à quoi nous préparer?” a été de chercher les questions essentielles. Cela peut paraître un peu simpliste, mais la question la plus basique est aussi la plus importante: De quoi avons-nous besoin pour vivre ?

Vous devez certainement connaître la pyramide des besoins de Maslow. Elle est un bon point de départ pour notre réflexion.

Sa lecture est simple. Du bas vers le haut, nous trouvons les éléments les plus “importants”, sans lesquels nous ne pourrons pas atteindre le sommet de la pyramide, l’accomplissement personnel, signe d’une personne que nous pourrions considérer comme heureuse, en pleine santé mentale.

Lorsque nous imaginons la transition, notre cerveau peut nous polluer d’idées mauvaises et improductives. Au lieu de se concentrer sur ce qui est réellement important, vous risquez peut-être de penser à tout ce que vous pourrez perdre. “Aïe, plus de smartphone, d’Internet, de console de jeu, de ski, de jolie voiture, de vacances en Australie, de Weekend à la campagne, de séances de shopping, de fast-food, etc. ?”

Pour tous les exemples cités, dans quel étage de la pyramide pourriez-vous les placer ? ha… Question difficile. Quand on réalise que beaucoup de nos désirs sont difficilement catégorisables et en réalité ne participent pas à la quête de notre bonheur. Oui, je vais le dire. Notre mode de vie est devenu tellement superficiel que nous avons perdu pieds. Notre recherche du bonheur est souvent attaché à ce que nous pouvons consommer, et c’est une énorme erreur à laquelle notre société consumériste a réussi à nous rendre dépendant.

Imaginez un instant que vous vous soyez perdu en forêt. Vous marchez pendant des heures ne sachant où aller, et vous avez besoin de dormir. Plus que tout, vous avez faim, et vous avez froid. Imaginez à cet instant la joie que vous pourriez ressentir en réussissant à trouver une proie et à la faire cuire à la chaleur d’un feu qui vous ressourcera également ?

Pour la transition, c’est identique, et c’est en cela que je puise ma motivation. Retrouver dans mon assiette des denrées que j’aurais moi-même fait pousser, réussir à faire vivre ma famille avec… C’est déjà le quotidien et le bonheur partagé que parfois nous n’arrivons pas à comprendre. Vous n’avez jamais vu, parmi vos collègues ou vos voisins, une personne débarquer avec une cagette de légumes, aussi fier de pouvoir vous donner le fruit de sa récolte, comme s’il vous présentait son dernier rejeton ? Et vous, de façon pratiquement désabusée “bah ce sont des légumes quoi. Non ? Ils ont quoi de spécial ?”. Eh bien ce qu’ils ont de spécial, c’est que votre voisin, ami ou collègue vient de retrouver un lien à la terre, une certaine forme de pouvoir sur sa propre existence, avec une chose simple. Ces simples légumes, s’ils n’ont plus rien à voir avec les besoins vitaux physiologiques dans notre société, l’ont propulsé tout en haut de la pyramide des besoins. Avec 3 tomates et une courgette !

Effondrement ou pas, de toute façon, mon épouse et moi-même avions déjà décidé de nous désintoxiquer de toute cette superficialité. C’est donc moins dans la crainte du futur que nous entamons notre démarche mais bel et bien avec l’espoir d’un meilleur avenir pour nous.

Concrètement, on fait quoi maintenant ?

Tout dépend de votre attente. les individus qui composent une société, qu’elle soit actuelle ou que nous parlions de l’après, sont tous différents. Les réponses à nos besoins physiologiques, de sécurité ou sociaux sont tous différents les uns des autres. Pour notre petite famille, cela prend la forme d’un retour à la campagne, pour recréer une certaine forme d’Eden. Mais ce n’est pas une solution valable pour tous car c’était déjà notre plan avant notre prise de conscience de l’effondrement. Nous l’avons simplement adapté à cette réalité future.

Tout dépend donc de vos attentes, mais aussi de votre contexte social, familial, géographique et professionnel. La transition ne doit pas se faire en négligeant qui vous êtes, elle ne doit être ni stressante, ni angoissante, mais motivante. Personne ne pourra apporter de réponse à votre place sur ce qui sera un bon choix pour vous et vos proches.

Aller avouez, vous y avez tous pensé ! Bha après tout… La petite maison dans la prairie, pourquoi pas ?! 🙂

Imaginez que vous habitiez en banlieue d’une grande agglomération par exemple. Vous avez un jardin fleuri, vivez dans une maison des années 80, votre famille et vos amis habitent non loin. Quelle serait l’utilité pour vous de changer radicalement de vie et d’aller s’isoler à la campagne si ce n’est pas votre souhait? Peut-être n’auriez vous pas besoin de grand chose, comme créer un jardin potager (300 m² suffisent pour nourrir une famille de 4 personnes), isoler correctement votre maison pour ne pas avoir froid l’hiver, et trouver un autre moyen que le gaz ou l’électricité pour vous chauffer et faire votre nourriture, et alors vous aurez l’esprit suffisamment libéré en ayant préparé votre famille à affronter l’avenir, proche de ceux que vous aimez.

Si vous êtes en plein centre ville d’une agglomération moyenne, et que vous êtes impliqués dans votre communauté, que ce soit au travers d’une action politique, citoyenne ou associative, vous pourriez tout à fait participer au mouvement des villes en transition, à cultiver un lopin de terre partagé avec vos voisins de quartier.

Mais si vous avez ce qu’on appelle communément un “bullshit-job” comme le capitalisme a aimé en créer par milliers et que vous rêvez de nature, vous pouvez tout aussi bien faire comme nous l’envisageons.

Tous ne seront pas non plus obligés d’avoir à cultiver un jardin et le maraîchage n’est pas la seule voie logiquement envisageable ! Il y a tant de compétences qui peuvent s’avérer utile dans l’avenir. Si vous êtes passionnés de chevaux, sachez que la traction animale revient en force avec le talent d’ingénieurs qui passent leur temps à étudier des moyens de transport différents de ceux de nos ancêtres car largement améliorés. Alors qu’il y a un siècle nous pouvions trouver des gens à même de s’occuper de ces bêtes dans toutes les villes et villages, demain ce seront des compétences recherchées !

Vous pourriez travailler dans la santé, la protection civile, la construction… Tout ce que vous êtes, fait que votre histoire ne sera pas forcément celle de votre voisin, et c’est comme ça que s’écriront les pages de notre avenir ! Avec votre diversité, vos talents, vos passions, bref, vous.

Ok, très utile tout ça, mais toujours pas de concret !

Patientez. Dans les jours et semaines qui viennent, des articles bien plus pratiques arriveront. Il me faut le temps de rassembler les idées, les sources, et de les écrire. Sera publié sous peu un article qui restera central sur ce site. Une page qui recensera la quasi-totalité des questions pratiques (et qui s’agrémentera des remarques de beaucoup je l’espère). Mon objectif sera de répondre à chacune des questions posées dans des articles dédiés. Le fil conducteur sera notre projet personnel de construction d’un éco-habitat. Il se pourrait qu’il ne convienne pas à tous, mais il pourra certainement apporter des réponses utiles. Comment se nourrir, se chauffer, où habiter, quelles technologies employer ? Ce sera un guide pratique de bons conseils que je publierai au fur et à mesure. Cela nous servira principalement de guide pour préparer sereinement notre transition, en mode projet. Pour favoriser l’échange, un forum sera mis en place. Sachez que je me suis déjà entouré de personnes très compétentes dans bien des domaines, et si vous vous sentez motivés pour m’aider, vous êtes le bienvenu.

25 réactions au sujet de « Comment se préparer à l’effondrement ? »

  1. Bjr. Bravo et merci pour l’initiative! Je vais vous suivre et si jamais je peux apporter une quelconque aide, ce sera un plaisir. Nous vivons à la campagne, nous sommes propriétaires et la question pour nous est plutôt de savoir si nous gardons notre maison en visant à être totalement autonome ou si nous partons construire (ou rejoindre) un eco-lieu ? Le projet de La suite du monde est intéressant ( https://www.lasuitedumonde.com/ ) . A bientôt de vous lire et bonne continuation.

  2. Bonjour et merci pour ces informations intéressantes.
    Nous vivons à la campagne dans une maison et la question qui me turlupine le plus est; pourrons nous garder notre maison ? Sachant que nous sommes en Suisse…. Il serait probable que suivant comment les choses tournent, nous ne soyons plus en mesure de payer notre loyer à la banque et que celle ci nous la reprenne. Quel intérêt de se préparer dans sa maison si celle ci nous est reprise?

    1. Suivant comment les choses tournent, comme vous le dîtes, il n’y aura peut-être plus de système bancaire pour vous reprendre quoi que ce soit. Je suis dans votre cas, et dans le même cas que des millions de personnes qui ont acheté leur maison à crédit. Tout dépend du ” degré ” d’effondrement et sa durée. Difficile de prévoir ce genre de chose. Je suis comme beaucoup : dans le flou total. En espérant que ce site nous aide à y voir plus clair.

  3. Bravo, c’est fort intéressant et cela nous permet d’avancer dans nos réflexions. C’est surtout un message très positif car il présente des options. Je vais vous suivre avec intérêt.

  4. Salut ! je suis arrivé par le groupe de la collapso heureuse, superbe initiative et beau travail ! je vais continuer à farfouiller sur le site pour voir comment ça évolue !
    à plus =)

  5. Merci. Parceque depuis cet été j ai réalisé où nous en sommes , l état de la planéte , son avenir , le manque d eau à venir , le pétrol ,le réchauffement, l effondrement de la civilisation, …enfin , que de belles perspectives pour nous et surtout nos enfants. Jusque là je n étais pas vraiment dupe mais j avais peur de creuser pour m informer. Et oui parcequ aprés il faut continuer à vivre. Aprés une longue phase de déprime, j ai décidé de tout changer mais quand onvit en couple avec des enfants, pas si simple. Et puis ça ne se fait pas du jour au lendemain .Bien évidemment ,au quotidien je me rapproche un peu plus chaque jour du zéro déchet , même si j en suis encore loin…, nous avons baissé notre consommation de viande , je trouve des solutions pour économiser l eau et bien d autres choses encore et je débute dans quelques semaines un stage d introduction à la permaculture en prévision d arréter mon boulot dans maximum 1 an 1/2 pour tenter d avoir une autonomie alimentaire au moins concernant fruits et légumes. Pour l équipement de la maison, on y réfléchit encore. Mais surtout , tenter de survivre, c est bien ,mais sans esprit de communauté ça n a aucun sens. Alors merci pour ce site que j ai survolé à l instant par manque de temps mais que je vais consulter dans ses moindres détails et tenter moi aussi peut être de vous apporter quelques idées.

    Laurence

  6. Bonjour,
    Superbe projet qui donne vraiment envie. Vous vous posez les bonnes questions et je suis sûr que vous allez cartonner.
    Autoconstructeur de 30 ans je partage vos idées et souhaiterais pouvoir vous apporter mon soutien (Cf message sur Messenger).

    Le survivalisme c’est vivre dans la peur, la collapsologie c’est vivre dans la confiance. Et c’est ce vers quoi la Terre nous mène, de grès ou de force.
    Bisous.

    Amaury

  7. https://g.co/kgs/erPw7f

    connaissez vous ?
    je recommande ….
    “Une autre fin du monde est possible”
    La situation critique dans laquelle se trouve la planète n’est plus à démontrer. Des effondrements sont déjà en cours tandis que d’autres s’amorcent, faisant grandir la possibilité d’un emballement global qui signifierait la fin du monde tel que nous le connaissons. … Google Books
    Date de publication originale : 18 octobre 2018
    Auteurs : Pablo Servigne, Raphaël Stevens, Gauthier Chapelle

    1. J’ai lu le premier “comment tout peu s’effondrer”, je suis à la moitié du second “l’entraide, une autre loi de la jungle”, puis j’ai d’autres lectures comprenant l’introduction à la permaculture de Bill Morisson, et après peut être… Si j’ai l’temps ! 😉

  8. super idée, je vais vous suivre pour en apprendre plus. Je n’en peux plus de cette consommation à outrance qui ne profite qu’à peu et qui en plus de nous dépouiller de notre argent, bien souvent, nous détruit la santé ! J’aimerais pouvoir suivre votre exemple et j’ai besoin d’apprendre beaucoup !

  9. Si l’effondrement ne m’inquiète pas vraiment,
    m’inquiète l’état de l’environnement quand on aura fini d’accélérer sa destruction.
    Sur ce sujet, il faut agir maintenant, car les dégâts sont irréversibles selon une échelle de quelques générations humaines.

    1. Ha, merci je vais aller voir. Dans le forum on va rajouter un truc pour les bonnes adresses et éventuellement en parler dans un article. On m’en a filé quelques unes déjà.

  10. Merci d’exister, et d’avoir créé ce site. Nous sommes certainement tous dans cette spirale de réflexion et avons sans doute tous besoin de nous concerter pour avancer.
    Je vius retrouve sur le forum.

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